Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Selon les signataires du texte, la population de L’Île-des-Sœurs dépassera les 30 000 habitants.

Texte collectif *

ARTICLE ORIGINAL: https://www.ledevoir.com/opinion/idees/584266/amenagement-un-deuxieme-griffintown-en-vue-a-l-ile-des-soeurs

D’ici dix à vingt ans, les nouvelles tours pousseront comme des champignons à L’Île-des-Sœurs et la population augmentera de 50 %, passant de 20 000 à 30 000 habitants. À cette hausse résidentielle s’ajouteront des milliers de mètres carrés de bureaux qui multiplieront les déplacements dans ce quartier d’un peu moins de quatre kilomètres carrés, développé autour du concept cité-jardin et longtemps considéré comme une référence en planification urbaine.

Ainsi, à l’une des entrées majeures de Montréal, les voyageurs en provenance du pont Samuel-de-Champlain perdront leur vue sur la partie ouest du mont Royal et des centaines de résidents du quartier ne verront plus le centre-ville.

Si la Ville de Montréal ne change pas ses plans, un programme particulier d’urbanisme (PPU) sera adopté cet automne pour la zone située dans un rayon d’un kilomètre autour de la future gare du REM, prévoyant une densification de 110 logements à l’hectare, une densité très proche de celle de Griffintown.

Ce choix ne tient aucunement compte de la capacité d’absorption de L’Île-des-Sœurs, territoire insulaire enclavé, avec trois accès autoroutiers regroupés en un seul endroit pour accéder au nord, au sud ou au centre-ville. Seulement à proximité de la station REM, cela pourrait ajouter plus de 6000 résidents.

Mais ce n’est pas tout ! Cinq nouvelles tours domineront bientôt l’autre extrémité de l’île vers le sud, dont une tour de 44 étages, récemment approuvée, qui suscite un mécontentement marqué. Environ mille logements seront ainsi ajoutés à la Pointe-Sud alors que la seule artère de circulation qui la relie aux sorties de l’île est déjà nettement surchargée.

Flou

Une autre zone encore sous-exploitée sur le littoral ouest accueillera aussi des logements supplémentaires dans la prochaine décennie. Enfin, on prévoit un développement différé sur un terrain du littoral est (exploité par un concessionnaire automobile) pour lequel le flou demeure entier. C’est l’addition de tous ces projets qui nous permet d’affirmer que la population dépassera les 30 000 habitants.

Le programme d’urbanisme de Montréal fait miroiter de nouveaux espaces verts et des équipements collectifs sportifs, culturels ou éducatifs. Malheureusement, les plans à ce sujet sont tout aussi flous. Dès qu’on demande des engagements précis, on nous rappelle les obstacles habituels : les terrains publics inexistants, les terrains privés très chers, le manque de moyens des villes, les attentes qui doivent être réalistes, etc.

Nous comprenons et acceptons en principe la notion de TOD (transit oriented development), le besoin de densifier pour rentabiliser le REM, encourager l’utilisation des transports collectifs et contrer l’étalement urbain. Mais des nuances importantes s’imposent.

D’une part, pour freiner l’exode, il ne faut pas rater les rares occasions d’aménager près des centres-villes des quartiers plus denses, certes, mais conviviaux et à échelle humaine, avec des services de proximité pour tous les groupes d’âge. Cela devient encore plus crucial dans un territoire enclavé.

D’autre part, il ne faut pas négliger d’analyser les conséquences à moyen et long terme de notre ère COVID-19 qui, grâce à la massification du télétravail, incite de plus en plus de jeunes familles à fuir des quartiers centraux mal conçus pour se réfugier de plus en plus loin en banlieue.

Sécurité

Une population de 30 000 habitants à L’Île-des-Sœurs posera aussi des questions de sécurité. À moins de créer un autre lien avec Montréal, situé à l’écart du noyau d’accès actuel, accessible aux piétons et aux cyclistes ainsi qu’au transport collectif et aux véhicules d’urgence, l’île pourrait voir s’aggraver des bouchons de circulation déjà récurrents et même vivre des heures sombres en cas de catastrophe.

Pour toutes ces raisons et afin de mieux baliser le développement de L’Île-des-Sœurs, les signataires demandent à la Ville de considérer le quartier dans sa globalité et non en pièces détachées, et de surseoir à l’adoption du plan jusqu’à ce que les conditions suivantes soient remplies :

— la réalisation d’une étude sur la capacité d’absorption du territoire en matière de population et des impacts de ses conclusions sur les besoins en équipements collectifs ;

— la réalisation d’une étude prospective de la circulation et des déplacements qui prendra en compte : l’augmentation prévue de la population de toute L’Île-des-Sœurs ; les « patterns » projetés de fréquentation du REM par les résidents de l’île ainsi que par les usagers de la Rive-Sud qui y accéderont en premier dans l’axe sud-nord ; tous les déplacements à l’intérieur de l’île qui seront affectés par le développement prévu au sud ;

— l’extension de la zone originalement proposée, pour inclure le littoral ouest ;

— la planification immédiate et non différée du littoral est ;

— l’ouverture immédiate d’une nouvelle réflexion sur le zonage de la Pointe-Sud ;

— la présentation d’un plan détaillé sur la réalisation des équipements collectifs nécessaires ;

— le maintien et la priorisation du concept de cité-jardin, notamment par le réaménagement de la place du Commerce en cœur de quartier avec place publique, stationnements souterrains et espaces mieux protégés pour le transport actif.

D’ici à ce que ces conditions soient réunies, il faut appliquer un principe de précaution et limiter la population à 25 000 habitants, soit le nombre déjà en voie d’être atteint avec les projets en cours.

Daniel Manseau, président de l’Association des propriétaires et résidents de L’Île-des-Sœurs;
Maryse Rinfret-Raynor, présidente du Comité PPU Verrières I à V;
Jean-Claude Marsan, professeur émérite, Université de Montréal;
Guy Rocher, professeur émérite, Université de Montréal;
Michèle St-Jacques ing., Ph.D., professeure titulaire, ETS;
Adrien Sheppard, MAAPQ, MOAQ, professeur émérite, McGill;
Luc-Normand Tellier, professeur émérite, Département d’études urbaines et touristiques, ESG-UQAM.

*Cette lettre est appuyée par une centaine de personnes, urbanistes, architectes et autres enseignants universitaires, personnalités des milieux culturels et du monde des affaires, résidents de L’Île-des-Sœurs, groupes communautaires et présidents de plusieurs autres copropriétés:

   

Marie-Josée Deschamps

Gilles Rondeau

Denys Turcotte

Patrick Kenniff

George Athans

Marcel Barthe

René Beauchamp

Chantal Beaudet

André Bennett

Emmanuel Bernier

Bernard Boire

Jean-Pierre Boivin

Raymond Bouchard

Suzanne Bourque

Isabelle Brunette

Pierre-Maurice

Sherman Carroll

Anne Marie Castonguay

Claude Castonguay

Sergio Cavalcanti

Louise Constantin

Nancie Cordeau

Philippe Cornu-Marquis

Annie Corriveau

Charles Côté

Michel Damphousse

Marie Josee Dan

François de Champlain

Hélène Delisle

Claire-Emmanuèle Depocas

Mona Dermarkar

Louise DesChâtelets

Lou Desjardins

Richard Dorval

Ghislain Dufour

Denise Dussault

Geneviève Emond

Micheline Ethier

Fouad Farah

Elaine Farwell

Gaspard Fauteux

Liliane Ferland

Marcel Ferland

Michael Fish

Claude Fournier

Danielle Frank

Sophie Gironnay

Jacques Godin

Pierre Godin

Nina Gould

Geneviève Guay

Michel Guerra

Louise Guilbert

Pierre Hébert

Kevin Hirsch

Svein Hubinette

Robert Isabelle

André Joyal

Hélène Janssen

Peter Janssen

L’Honorable Serge Joyal

Andrea Kneeland

Micheline Lachance

Andy Lamarre

Marie-Jeanne Landry

Mario Langlois

Steven Laperrière

André Laramée

Marie-Claude Lavallee

Simon Lebrun

Denyse Lecat

Nicole Leduc

Germain Lefebvre

Yves Lefebvre

Eric LeRiche

Diane Leroux

Réjean Lizotte

Paul Lussier

Diane Makos

Danielle Marmen

Daniel Martin

Céline Massicotte

Bernard Mathieu

Hugues Mazhari

Nicole Mazhari

Marie-France McKerrow

Odette Mercier

Hélène Meunier

Chantale Michaud

Francine Montpetit

Germaine Montpetit

Ginette Montreuil

Gemma Morasse

Suzanne Moro

Robert Nasr

Louiselle Paquin

John Parisella

Marc Patenaude

Carole Pagé

Suzanne Pelland

Claude Perron

Ginette Petit

Bernard Plante

Francine Poirier

Jean Poirier

Gilles Pomerleau

Paulette Pomerleau

Hugues Poulin

Benoît P. Racette

Sylvain Racette

Micheline Ralet

Michèle Riva

Céline Saint-Pierre

Arnaud Sales

Dominique Sales

Jacques Sarrailh

Alain Stanké

Gala Stevenson

John St-Louis

Henri Tasca

Johanne Tremblay

Philippe Tremblay

Carole Trow

Jacques Trudel

Louise Vandelac

Yvonne Vaillancourt

Caroline Varin

Catherine Viau

Danielle Voisard

Christine Waters Rourke