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Mercredi, 01 juillet 2026

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Jeanne Venne Payette : une vie à travers plus d’un siècle

Collaboration spéciale : Serge Wagner

Photos : Alain Laroche

Jeanne Venne Payette est née le 30 juin 1921 à Saint-Jacques-de-Montcalm. Elle est la deuxième d’une famille de huit enfants.

Son enfance se déroule dans un Québec encore rural. Comme plusieurs cultivateurs de son époque, son père, Henri Venne, doit progressivement délaisser la terre pour devenir journalier, puis ouvrier à l’usine de papier de Crabtree. Cette transition, vécue par des milliers de familles québécoises après la Première Guerre mondiale, transformera profondément la société québécoise.

En septembre 1933, alors que Jeanne n’a que douze ans, son père est victime d’un accident mortel à l’usine de Crabtree. Sa mère, Annie-Marguerite Desrochers, se retrouve seule avec huit enfants dans un contexte où les veuves disposent de très peu de soutien. Comme tant d’autres femmes de son époque, elle doit prendre une décision douloureuse : confier temporairement ses enfants à la parenté et à diverses institutions religieuses afin d’assurer leur survie.

Jeanne passe ainsi une partie de son enfance et de son adolescence loin des siens. Placée chez les religieuses, elle poursuit ses études tout en effectuant divers travaux pour contribuer à son entretien. Très tôt, elle apprend à compter sur elle-même.

Lorsque nous lui demandons comment elle va, la réponse de Mme Payette est le plus souvent : « Je suis heureuse. »

L’histoire de cette famille n’est toutefois pas seulement celle d’une séparation. C’est aussi celle d’une mère déterminée qui refuse d’abandonner les siens. Au fil des années, Annie-Marguerite parvient à réunir de nouveau chacun de ses huit enfants sous le même toit.

Vers l’âge de 20 ans, Jeanne retrouve enfin sa mère, ses frères et ses sœurs réunis sous le même toit. Après des années de séparation, elle est si heureuse de retrouver sa famille qu’elle refuse plusieurs demandes en mariage. Elle veut profiter de cette vie familiale qui lui a tant manqué. Après huit ans de célibat volontaire, elle épouse finalement Gérard Payette en 1949, à l’âge de 28 ans. Le couple s’établit dans la région de Montréal, où naîtront leurs trois enfants. Leur maison deviendra pendant des décennies un lieu d’accueil pour la famille et la parenté.

Au fil des ans, Jeanne et Gérard voyagent, travaillent, élèvent leur famille et construisent une vie simple, mais riche de liens humains. Après le décès de son mari en 2009, Mme Payette s’installe à la résidence Le Sommet de la Rive à Verdun, où elle demeure encore aujourd’hui.

Son parcours traverse plus d’un siècle d’histoire québécoise : de la lampe à l’huile à Internet, du cheval à l’automobile, de la campagne à la ville.

Née avant que les Québécoises obtiennent le droit de vote provincial, Mme Payette a traversé les grandes transformations du Québec moderne. Son histoire nous rappelle également comment les familles transmettaient, d’une génération à l’autre, des valeurs, des croyances, des habitudes et des façons de voir le monde. À travers son parcours, c’est une part de notre mémoire collective qui demeure vivante.

Quelques traits qui la définissent

La famille occupe une place centrale dans la vie de Mme Payette. Après avoir connu très jeune la séparation, elle a consacré sa vie à maintenir les liens entre les siens et à prendre soin de ceux qu’elle aime. La foi constitue également un héritage important reçu de sa mère. Elle récite encore régulièrement le chapelet que celle-ci lui a légué. Pendant de nombreuses années, elle s’est rendue fidèlement à pied à l’église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs de Verdun.

À 105 ans, malgré les limites imposées par l’âge et les problèmes de vision, elle organise encore elle-même ses déplacements.

Mme Payette est aussi une femme profondément indépendante. À 104 ans, malgré les limites imposées par l’âge et les problèmes de vision, elle organise encore elle-même ses déplacements. Tous les quelques mois, elle réserve le transport adapté, se rend seule aux Galeries d’Anjou et revient heureuse de sa journée.

Elle demeure également attentive au monde qui l’entoure. Elle lit chaque matin le Journal de Montréal sur sa tablette électronique, consulte ses photographies, écoute de la musique, réalise de petits casse-tête numériques et utilise différents outils technologiques dans sa vie quotidienne. Profondément attachée à ses souvenirs, elle continue pourtant d’habiter pleinement son époque. Elle utilise également un assistant vocal pour écouter de la musique, obtenir certains renseignements ou se faire rappeler un rendez-vous.

Sa générosité est également connue. Tricoteuse infatigable, elle confectionne depuis des années foulards, tuques et autres tricots. Elle en conserve quelques-uns pour sa famille, mais donne la plupart de ses réalisations à un organisme communautaire qui les distribue à des personnes dans le besoin.

Enfin, Mme Payette porte en elle un héritage culturel transmis de génération en génération. Elle chante encore aujourd’hui des chansons apprises dans son enfance, comme Belle Rose du printemps, une ancienne chanson du folklore français transmise au Québec depuis des générations.

À travers Jeanne Venne Payette, c’est plus qu’un siècle d’histoire que nous découvrons. Nous apercevons aussi la force d’une famille, la transmission de valeurs d’une génération à l’autre, la capacité d’adaptation et la continuité d’un héritage culturel qui remonte loin dans notre histoire.

Lorsque nous lui demandons comment elle va, la réponse de Mme Payette est le plus souvent :

« Je suis heureuse. »

Sources

Carbonneau, Pauline. 2021. Jeanne Venne Payette. Verdun : Comité de la bibliothèque de la résidence Le Sommet de la Rive.

Leroux, Diane.

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