par Véronique Tremblay

Collaboration spéciale

 

« Tu organises l’expo-sciences? As-tu besoin d’argent? Je financerais ça moi, l’expo-sciences! C’est important les jeunes! Pis l’école aussi! »

C’est ainsi que notre collaboration a commencée, spontanément, par un élan de générosité. J’étais loin de m’imaginer que cette conversation serait la base d’une relation d’affaires et d’amitié qui durerait vingt ans.

 

Sa jeunesse

Il naît en Gaspésie, au sein d’une famille de 10 enfants. Son père devient veuf alors que les enfants sont encore jeunes. Convaincu que l’instruction est le meilleur des passeports pour l’avenir, Jacques entre à l’Université Laval où il étudie la pharmacie et rencontre la femme de sa vie, Diane Rose, son amour, son amie et complice des 47 dernières années.

 

Homme aux multiples talents 

Nous le savons tous, Jacques Gendron était un grand pharmacien, compétent et passionné, doublé d’un homme d’affaires avisé; il possédait indéniablement le gène de l’entrepreneuriat. Fin psychologue, doué d’une intelligence supérieure, il avait les atouts qui font les excellents patrons et savait gérer avec doigté son équipe, comme en témoignent avec émotion les gens qui travaillaient avec lui. En plus, Jacques s’intéressait à la gouvernance et siégé à un nombre incalculable de conseils d’administration, gardien infatigable et expert de la saine gestion. Rien d’étonnant qu’il se soit aussi passionné de politique…

Manuel, il réparait lui-même bien des choses et comprenait tous les caprices mécaniques de sa voiture. Agriculteur à ses heures, il exploitait encore à distance la ferme familiale avec son frère. Il maîtrisait aussi l’art du graphisme et retouchait lui-même les photos prises lors des nombreuses séances de remises de prix; il a pris le virage technologique avec enthousiasme et en a rapidement maitrisé les outils.

Féru d’histoire, passionné de Napoléon, homme de culture, il voyageait pour nourrir sa curiosité. De la France jusqu’en Chine, Jacques visitait toutes les pharmacies rencontrées sur son passage et discutait avec les pharmaciens. Il collectionnait les pots d’apothicaire que l’on peut voir au laboratoire de sa pharmacie.

 

 

Pilier de sa communauté

Un bon pharmacien sait écouter; Jacques s’intéressait non seulement à la santé de ses clients mais à l’ensemble de leur vie. Vous aviez une idée d’entreprise, un projet pour la communauté, son regard s’illuminait! Toujours partant pour soutenir les initiatives progressistes ou humanitaires, il consacrait temps, argent ou les deux à quiconque lui  demandait.

 

Voici quelques anecdotes :

 

« Quand j’ai eu l’idée de mettre sur pied la course Bougeons-Dons de l’Ile-des-Sœurs, je me suis assurée d’avoir de bons partenaires; M Gendron n’a pas hésité une seconde et a soutenu le projet avec beaucoup d’enthousiasme. Il a été très généreux, surtout de son temps et de ses conseils » – Mélanie Aubut, initiatrice de la course Bougeons-Dons

« Lorsque nous avons lancé le projet des Petits Entrepreneurs à l’école, nous l’avons présenté à M. Gendron qui a été emballé et a soutenu financièrement l’initiative; de plus, il est venu le samedi de la grande journée et a fait le tour de tous les kiosques; il s’est intéressé à chaque petite entreprise, a demandé de l’information sur la fabrication des produits, mais aussi écouté le rêve de chacun; les enfants se sentaient tellement fiers qu’il s’intéresse à eux, lui, le grand pharmacien!… M. Gendron est  reparti les bras pleins de sacs; il avait acheté à chacun des kiosques! » Juliana Zerda, initiatrice du projet les Petits entrepreneurs

« M. Gendron et moi nous nous parlions régulièrement pour mes médicaments mais nous avions toujours d’autres sujets sur lesquels nous partagions nos passions. Notre dernière conversation a porté sur nos projets de retraite respectifs; tous les deux amoureux des Îles-de-la-Madeleine, nous nous sommes pris à rêver de passer notre retraite aux Îles, ensemble avec nos conjointes; quelques jours après, j’apprenais la triste nouvelle. » – Gaspard Fauteux, client

«  Nous avions le même intérêt pour le philosophe Baruch Spinoza. Jacques aimait beaucoup en discuter, particulièrement puisqu’un membre de sa famille en avait fait son sujet de thèse de doctorat. Je me souviens d’une conversation que nous avons eu sur la perception adéquate de la réalité pour atteindre la joie.  C’était le but ultime de  Jacques : la joie ! Aider les gens, rendre heureux ses collègues, ses amis, ses clients et surtout les gens qui l’entourent » – Joan Gauthier, cliente

« Lors de notre dernier échange avant Noël, M. Gendron m’a glissé comme ça : ‘J’ai eu une belle vie, j’ai eu tout ce que j’ai voulu, mené ma vie comme je le voulais; je n’ai pas de regrets’ » – Marie-Claude Dauray, directrice générale, PME MTL

« Servir… c’était la motivation profonde de Jacques Gendron. Pour lui, la politique était l’ultime service; voilà pourquoi il s’est porté candidat trois fois… son destin était ailleurs, auprès de ses clients de l’Île-des-Sœurs. » – Claude Trudel, ex-maire de Verdun

 

Ce n’est qu’un petit échantillon de la vague de témoignages qui a déferlé sur Facebook, dans le cahier mis à la disposition des clients à la pharmacie, dans les courriels et les conversations récentes que j’ai eues au sujet de Jacques.

Sans le savoir, peut-être, il laisse derrière lui une communauté en deuil; ses clients et amis ressentent douloureusement son départ. Tous se souviendront de sa bienveillance, de sa patience, de son écoute et de son service hors pair. À sa pharmacie, on trouvait toujours… un vrai ami.