Texte Marek Zielinski
Recherche Luz Garcia de Zielinski
Busan nous accueille avec un souffle coupé, par sa beauté, par le coucher de soleil et par le vent, qui continue à nous fouetter les visages. L’odeur du poisson est omniprésente, mais pas du tout désagréable. Après un séjour de trois jours, nous prenons le train rapide en direction de Seul.

Nous nous promettons un séjour calme, mais la vie nous happe sans prévenir, et tant mieux : un t-shirt invitant à entamer la conversation avec celui qui le porte. Comment résister! Le propriétaire apprend l’espagnol depuis peu et désire le pratiquer – la raison est bonne, avouez-le. Et en plus, l’homme au t-shirt est décidément un fou, dans le meilleur sens possible.
Une promenade au pas de tango
Kyo-min, notre interlocuteur fou, est devenu le temps d’une promenade notre guide. Il gesticule, il sautille, il s’excite et nous entraîne dans son délire. Son espagnol, après seulement trois mois d’études, dépasse le stade débutant – il peut soutenir une conversation assez complexe. Nous ne sommes pas les seuls à succomber à son charme, à sa douce folie – tout un cortège se forme derrière lui, fait de touristes occidentaux à 100 %.
L’homme veut jaser, pratiquer son espagnol, alors voilà, nous sommes là pour ça. Il nous raconte ses exploits passés et, surtout, ceux à venir. Il planifie un voyage en Argentine, car parallèlement à l’espagnol, il apprend le tango – il en fait une démonstration à chaque pas. Au bout de quelques minutes, on dirait qu’une troupe carnavalesque a débarqué à Seul!
Kyo-min est pourtant un homme sérieux, un agent immobilier à Gangnam, un quartier huppé de Seul. Notre brève et belle aventure s’achève autour d’un café chaud, gracieuseté de Kyo-min. Les promesses sont faites, les accolades effectuées et la petite fête improvisée passe dans le tiroir des souvenirs inoubliables.
Nous espérons que le voyage rêvé de Kyo-min a eu lieu et que son charme a jeté par terre quelques belles danseuses argentines. Quelques moments de folie pure, ça fait du bien, croyez-nous! Merci, le gaucho aux yeux en amande.
Est-ce la gentillesse des Chinois ou mon charme irrésistible?
Un vol rapide de deux heures et nous voilà à Shanghai. Même après les colosses comme Tokyo et Seul, la ville impressionne. Elle embrasse le fleuve Huangpu, cajole ses berges, reconnaissante de la prospérité qu’elle lui doit. Le trafic témoigne d’une activité portuaire importante – tous les 200 mètres, un énorme cargo passe, le ventre soit creux, soit débordant déjà de produits divers.
Il fait 30 degrés, mes réserves d’eau diminuent avec chaque gorgée, il faut que je remplisse la gourde au plus vite. Comme l’heure est matinale, tous les restaurants – nombreux sur les bords du fleuve – sont encore fermés.
On frappe quand même aux portes – qui s’ouvrent! On nous invite à l’intérieur, on nous fait s’asseoir, on nous offre de l’eau tiède (qui désaltère mieux que celle remplie de glaçons) et même du thé vert. Tout ça, sans nous demander un sou! La Chine marque les points et rend caduques mes préjugés, qui dataient de trop loin. Parmi ces préjugés, le plus incrusté en moi était celui de la maltraitance d’animaux, qui me bouleverse au plus haut point.
La pleine Lune éveille la bêtise en moi
Un autre train rapide et un court trajet en voiture nous a menés à Wangxian, un village de 20 mille habitants à 500 kilomètres de Shanghai. Son attraction touristique principale – un village accroché aux collines, bâti autour d’une ancienne mine. Le soir, illuminé par mille lumières, le spectacle qu’il offre vaut le détour, malgré l’aspect un peu trop disneyesque.
Notre visite a été marquée par une grosse gaffe de notre part : la Lune nous a joué un tour pendable, qui finalement nous fait rire aujourd’hui. Malgré le ciel chargé, nous avons été éblouis par une pleine lune qu’on ne voit que dans les contes : ronde, gigantesque, rougeâtre, si proche qu’on pouvait la caresser de la main.
Nous avons sorti nos téléphones pour immortaliser ce moment magnifique. Mais, en la mitraillant sous tous les angles, je me suis aperçu qu’elle nous suivait d’un peu trop près. Dans ma vie, j’ai fait trop de photos de notre satellite pour ne pas remarquer ce comportement bizarre.
Finalement, comme un enfant qui découvre que le Père Noël est en vérité un oncle qui étouffe sous sa barbe, nous avons compris : la belle Lune n’était qu’un ballon éclairé de l’intérieur, un attrape-nigaud qui nous a émerveillés pendant quelques bonnes minutes.
Notre bref séjour à Wangxian a donné un coup de grâce à mon préjugé sur la cruauté animale : dans les rues, plusieurs chiens se promenaient, trainant des ventres proéminents. Interrogé sur la source principale de leur nourriture, un restaurateur m’a assuré qu’il les nourrissait tous les jours — tout comme son voisin à gauche, et celui à droite, et encore celui d’en face. Le seul problème de nos amis canins a été de choisir où manger !
Le retour à Seul pour deux jours, suivi d’un long vol à Montréal (avec une courte escale à Calgary) s’est fait sous le signe de la fatigue, surtout la mienne. Maintenu en alerte par les montées d’adrénaline causées par les découvertes, mon corps a exigé du repos, du sommeil et encore du repos. Je lui ai obéi, mais le picotement dans les jambes revient petit à petit : un autre voyage se dessine. Ses contours sont encore flous, mais, jour après jour, il se cristallise dans nos esprits. Mais ceci sera une autre histoire !



