Texte Marek Zielinski
Recherche Luz Garcia de Zielinski
Crédits photos : Charly Chaker et Karl-Édouard Michaud.
Rien de plus commun qu’un vernissage : une coupe de champagne si vous êtes chanceux, sinon un verre de jus (selon le budget), on circule dans une galerie, on échange poliment avec les autres convives, on fait son smart, connaisseur, lançant même à l’occasion quelques noms en l’air (le fameux name-dropping), en faisant bien attention de ne pas y glisser celui d’un grand sportif ou d’un chef réputé — imaginez la honte ! On se sent un peu snob et on ne pense qu’à déguerpir, trouver un café ou un bistro sympa et finalement relâcher les sphincters trop longtemps serrés.
Un peu de folie fait du bien

Rien de tout ça chez Samuel Rancourt, oh non ! Il est bien trop créatif et espiègle pour nous infliger ça. Au lieu de cela, il innove, et pas à peu près. Il nous emmène en voyage, féerique et unique, avec son imaginaire à la barre du bateau.
Sur le fond de ses tableaux sublimes, il tisse une petite histoire simple, mais touchante, avec un zeste de philosophie, de sagesse. Avec lui comme guide, on ne peut qu’embarquer. C’est un one-man show, bien qu’épaulé sur scène par un complice musicien, Félix Marotte, discret, mais indispensable, éclairé par Daphnée Bérubé et capté en images par Jordan Poirier. Donné sous le titre de Show-colat le vendredi 13 mars au Jim de l’Instable, 1419 Montcalm, un espace collaboratif du Village, ce projet hybride théâtre-vernissage, comme le décrit Samuel, est une merveille d’inventivité.
À travers la quête d’un gâteau au chocolat, dont la pénurie lance un personnage au cœur brisé sur sa recherche, un conte philosophique prend forme sous nos yeux émerveillés. Acteur né, Samuel peut faire ce qu’il souhaite avec un public conquis dès ses premiers mots. Il a un sens du timing parfait, une douce folie irrésistible et un charisme, une combinaison rare qu’il dose avec sagesse et parfait contrôle. Il sait improviser un mot ou deux quand c’est nécessaire, ou alors calmer le jeu avec un geste ou un silence bien placé.
S’élever pour voir mieux
L’humour est omniprésent, construit sur des associations inattendues — comme la naissance d’une relation affective, sensuelle, même entre le personnage et un escabeau volant ! Il faut le voir pour y croire. Un autre élément mérite une mention particulière : l’autodérision. Dans un monde si désespérément sérieux, c’est une bouffée d’air frais
Si j’étais cruel, j’aurais conseillé à tous les peintres et artistes visuels de suivre l’exemple de Samuel — mais combien parmi eux sont dotés d’un talent si particulier, d’un charme si discret, qui ne s’impose pas et pourtant fait des ravages parmi le public présent. La petite salle était comble, le public actif et réceptif. Il ne nous reste qu’à souhaiter voir Show-colat quelque part chez nous, à Verdun, où Samuel vit également. L’appel est lancé, que les oreilles attentives le captent !


