Verrons-nous finalement naître un milieu de vie mixte et inclusif ?
Un texte d’Alain Laroche
Photos de Michel Cusson
Lorsque j’ai reçu l’invitation pour participer au placemaking en tant que citoyen impliqué, je me suis demandé si j’y serais. Le placemaking, c’est un processus exigeant : est-ce que je prends le temps d’assister à ces 3 rencontres pour parler encore du secteur Hickson-Dupuis ?
Rappelons que le redéveloppement du secteur Hickson-Dupuis est dans la mire depuis des lunes. J’étais encore commissaire au développement économique de Verdun ! Le secteur est identifié́ au Plan d’urbanisme de la Ville de Montréal pour son potentiel de transformation et depuis 2017, il fait l’objet d’une démarche de planification détaillée par l’arrondissement de Verdun, conjointement avec l’Opération populaire d’aménagement (OPA) du secteur Dupuis-Hickson qui est une initiative de la CDSV. L’exercice a servi à déterminer les priorités de développement du secteur qui depuis ont été traduites dans le dépôt d’une Vision urbanistique du secteur Hickson-Dupuis au conseil d’arrondissement.
Comme je suis encore actif au sein de la collectivité verdunoise, avec la publication du média hyperlocal Explore Verdun île-des-Sœurs, lorsque District Atwater a annoncé qu’il lançait une nouvelle mouture de réflexion que cette vision se matérialise en un développement immobilier qui pourrait finalement occuper le secteur, j’ai décidé d’être au moins témoin de la démarche. J’ai été un participant !
Dès la première rencontre en février, comme la vingtaine de participants présents, nous avons appris où en était la démarche bloquée il y a 3 ans. Les développeurs Alexandre Forgues et Claudia Dupuis, accompagnés de NOS Architectes et de Matière Brute, ont affirmé qu’ils continuaient à rêver de redévelopper le secteur en un milieu de vie mixte et inclusif malgré un droit de péremption mis de l’avant par l’arrondissement. Ils nous ont confirmé que les démarches avaient tout de même progressé depuis ce temps.
Dans les intentions du développeur, le projet Hickson-Dupuis prévoit que 40 % de la superficie résidentielle brute privée sera cédée pour le développement de logement social. C’est une réponse directe à la crise du logement et un engagement clair de l’entreprise à mettre l’épaule à la roue pour la communauté de Verdun. Ce projet entièrement locatif pourrait se traduire en 250 logements sociaux, 104 logements abordables, 360 logements, avec en plus 56 lofts-ateliers et des commerces de proximité (21 000 pc 2). Bien entendu, chacun des participants présents a eu la chance d’échanger, de poser des questions et d’émettre des suggestions. Cette rencontre a aussi permis du travail en sous-groupe afin de définir les points d’intérêt à visiter lors de la 2e rencontre.
Échanges et suggestions lors de la première rencontre du 26 février.

Lors de celle-ci, les participants ont affronté la froidure et la grisaille et nous avons marché le secteur. L’objectif de cette balade urbaine était de mieux comprendre le lieu où s’implanterait le projet et de soumettre des idées afin d’améliorer le milieu de vie du secteur Hickson-Dupuis. On peut se le dire : jusqu’à tout récemment, c’était le petit secteur industriel de Verdun, pas tellement fréquenté ni très accueillant. Une bonne marche d’un peu plus de 2 h à rêver et réfléchir !
Lors de la balade, j’ai été impressionné par les suggestions des participants pour le projet, particulièrement par la proposition de verdure/arbres sur le site, l’aménagement d’une piste cyclable sécuritaire, et un milieu de vie accessible à tous (création de parcs et/ou ruelles), bien connecté avec le reste de Verdun.
Deux semaines plus tard, j’ai assisté à la 3e (et dernière !) rencontre de Placemaking pendant laquelle on a joué aux concepteurs de milieu de vie. Les participants présents ont fait des suggestions pour inspirer les architectes. On a discuté, entre autres, d’une utilisation possible des toits, du type de commerces que l’on aimerait retrouver dans le projet, des espaces communs extérieurs accessibles qui sont vraiment généreux (26 % de l’espace) et de ce qui s’y déroulerait, des axes de circulation (piétons, vélos) pour se connecter à Verdun, de la plantation d’arbres, d’arbustes et de fleurs. J’ai été impressionné par la collaboration, la créativité et l’amour profond qu’ont les gens de Verdun pour Verdun.
En 2017, j’avais été témoin de la consultation publique, tenue sous un chapiteau à l’angle du boulevard LaSalle et de la rue de L’Église, du projet Origine Habitation durable, mise de l’avant par Alexandre Forgues. Comme District Atwater avait été un des premiers développeurs à Verdun à tenir une consultation du genre, j’avais été très impressionné. Il venait de mettre la barre très haute pour les autres.
Une fois encore, ils innovent ! Ce qu’il y a de différent dans le Placemaking, c’est que ce sont les citoyens qui ont une voix pour s’exprimer sur le type de développement qu’ils désirent. District Atwater a tenu cet exercice, sans savoir si ça se réaliserait, parce qu’il y croit.

Depuis 3 ans, les taux d’intérêt sont passés de 2 à 6 % et malgré tout, District Atwater souhaite concrétiser le projet dans son ensemble. D’ailleurs les entrepreneurs ont procédé le 8 mars dernier (entre la rencontre 1 et 2 de placemaking) au dépôt de ce projet ayant l’ambition de devenir exemplaire, tant au niveau du développement durable que de la mixité sociale. Ce dépôt sera sujet à un PPCMOI. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le processus, il s’agit d’une demande à l’Arrondissement lorsqu’un projet nécessite des changements au zonage. Le PPCMOI donne les grandes lignes d’un projet sans en fixer tous les détails.
Dans un contexte dans lequel il y a une pénurie de logements disponibles, peut-on vraiment dire non à un projet entièrement locatif qui revitaliserait le secteur Hickson-Dupuis, avec 250 logements sociaux (40 % de la superficie résidentielle brute privée sera cédée pour le développement social), 104 logements abordables, 360 logements privés et 56 lofts-ateliers, incluant également des commerces de proximité ?
À Verdun, nous avons l’habitude d’oser. Nous avons déjà perdu trois ans, il faudrait maintenant trouver une solution qui satisfasse la majorité pour finalement transformer le secteur Hickson-Dupuis.
(NDLR – Le terme « placemaking » peut se traduire par « fabrique d’espaces publics » comme démarche d’« appropriation citoyenne des espaces publics par la communauté depuis leur conception jusqu’à leur gestion ». Wikipedia


