Roxanne Boucher

À Verdun comme ailleurs au Québec, les adolescents sont exposés de plus en plus tôt à des décisions financières qui, autrefois, appartenaient au monde adulte : abonnements numériques, achats en ligne, micropaiements dans les jeux vidéo, transactions par téléphone et, parfois, gestion d’un premier salaire. Pourtant, tandis que leurs responsabilités augmentent, leurs connaissances financières ne progressent pas toujours au même rythme.
Une enquête menée en 2023 par une équipe de l’Université Laval auprès de jeunes de 15 à 19 ans met en lumière ces lacunes et documente leurs premiers comportements liés à l’argent, de l’emploi étudiant à la gestion des dépenses courantes, indique l’établissement dans la publication Nouvelles ULaval.
Les constats sont d’autant plus préoccupants que les adolescents évoluent aujourd’hui dans un environnement où les paiements instantanés et les sollicitations automatisées sont omniprésents. Les organismes responsables de la régulation et de l’éducation financière, dont l’Autorité des marchés financiers (AMF), insistent sur la prévention de la fraude et la nécessité de fournir des outils accessibles.
La participation du Québec aux enquêtes internationales de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), notamment le volet financier du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), permet par ailleurs de suivre l’évolution des connaissances et d’orienter les politiques scolaires, rappelle le ministère de l’Éducation.
Des outils existent, mais restent sous-utilisés
Depuis plusieurs années, l’Office de la protection du consommateur (OPC) offre des ressources pédagogiques destinées aux jeunes : comprendre un contrat, décoder un achat, éviter les pièges du crédit. L’organisme propose aussi des capsules pratiques sur des thèmes très concrets comme le téléphone cellulaire, la première voiture ou la carte de crédit. Ces contenus sont relayés dans le réseau éducatif par le Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE), coordonné par le Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ).
En septembre 2025, la campagne provinciale Connais tes droits a été lancée pour mieux informer les personnes âgées de 18 à 24 ans de leurs recours, après qu’un sondage eut révélé une faible utilisation des services malgré des problèmes fréquents avec des commerçants.
L’Autorité des marchés financiers met l’épaule à la roue
L’AMF pilote la Stratégie québécoise en éducation financière. Elle a développé une trousse spécialement conçue pour les intervenants jeunesse, couvrant le budget, l’épargne, le crédit et la prévention de la fraude.
Des sondages publiés par l’AMF et ses partenaires, notamment par la firme Léger, montrent que l’anxiété financière est élevée au Québec. Une meilleure éducation financière est largement perçue comme un moyen de réduire ce stress — un argument supplémentaire pour intervenir tôt.
Québec–Ontario : deux approches qui se contrastent
Alors que le Québec mise surtout sur des initiatives complémentaires, celles de l’OPC, de l’AMF et des campagnes gouvernementales, l’Ontario a choisi une intégration beaucoup plus directe de la littératie financière au parcours scolaire obligatoire.
Depuis septembre 2025, les élèves de 10ᵉ année doivent réussir une évaluation de compétences financières intégrée au cours de mathématiques, avec une note minimale de 70 % pour obtenir leur diplôme d’études secondaires.
Un enjeu très concret à Verdun
À Verdun, les adolescents sont quotidiennement exposés aux achats rapides et à la consommation numérique. Introduire plus tôt des notions financières, à l’école, dans les organismes communautaires et au sein des familles, n’est donc plus un simple avantage : c’est devenu une nécessité.
En plus des ressources provinciales, Verdun peut compter sur le Carrefour jeunesse emploi de Verdun (CJE Verdun), qui offre des ateliers d’éducation financière adaptés aux jeunes dans le cadre du programme Mes finances, mes choix. Destinés aux écoles et aux groupes communautaires, ces ateliers permettent d’aborder très concrètement le budget personnel, la consommation, les dettes ou encore les transactions numériques.
Les ressources de l’OPC et de l’AMF constituent une base solide, mais plusieurs acteurs locaux plaident pour une intégration plus structurée au curriculum, à l’image du modèle ontarien.
Former une génération prête à décider
Les enquêtes internationales auxquelles participe le Québec, notamment le PISA de l’OCDE, montrent que mesurer les compétences dans la durée est essentiel pour orienter les politiques publiques. À l’échelle locale, tirer pleinement parti des outils existants — ceux de l’OPC, de l’AMF et du CJE Verdun — tout en s’inspirant des standards évalués en Ontario permettrait d’outiller véritablement les jeunes avant leurs 18 ans.


