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Dimanche, 14 juillet 2024

Jean-Pierre Bélanger, un écrivain parmi nous

Par Marek Zielinski
Recherche de LUZ Garcia de Zielinski

À l’époque qui ne jure que par les super-héros, aux pouvoirs qui défient toutes les lois physiques, et qui sont forcément inatteignables pour le simple humain, il suffit de saisir un stylo et une feuille de papier pour se doter des pouvoirs semblables. Rien qu’avec ça, vous allez être en mesure de créer des mondes nouveaux, de civilisations entières. Vous allez pouvoir arrêter le temps dans sa course, le renverser, jouer avec à votre guise. Oui, vous allez pouvoir faire tout ça, et peut-être même gagner un peu d’argent, pourquoi pas !

Vous avez deviné : je parle de l’écriture. Le fait de coucher les mots sur du papier génère un espace qui, à mon avis, a la même intensité que le monde qui nous entoure. Nous sommes chanceux d’avoir une superbe bibliothèque et une librairie tout aussi splendide, mais surtout, notre quartier abrite quelques femmes et hommes de lettres, qui sont là, qui vivent parmi nous, sans la cape de super-héros, mais qui façonnent notre monde, qui nous le racontent, qui nous donnent les clés pour mieux le comprendre.

En passant devant les vitrines de la librairie sur la Well, arrêtez-vous un moment à la section de romans. Une couverture, très réussie, attirera votre attention, ainsi que le titre évocateur et intriguant : Machiavel en talons hauts. Le nom de son auteur, Jean-Pierre Bélanger, ne sera pas étranger à certains : en parallèle à celle de l’écrivain, il a mené une carrière d’acteur.

Monsieur Bélanger a gentiment accepté de lever un coin de voile pour nous sur sa vie d’écrivain. Toute création relève d’un certain mystère, mais l’écriture semble encore plus nimbée d’énigmes, de mysticisme même. Il s’agit d’un pouvoir quasi divin. La littérature mondiale regorge de personnages qui hantent l’imaginaire collectif, et qui n’existent que sur les pages de romans. Dantès, Valjean, Capitaine Achab, Mme Bovary, Anna Karénine, Harry Potter pour les plus jeunes – pour ne citer que quelques-uns. 

L’angoisse de la page blanche n’est en vérité que la peur de cet espace énorme qui s’offre à celui qui ose le défier. Il faut l’aborder avec la totale franchise, en faire l’espace du vrai, sans dérobades et faux-semblants. « Mon inspiration – précise Jean-Pierre Bélanger – se nourrit du passé, de mes expériences, des atmosphères, situations, injustices, douleurs, ou personnes qui ont marqué mon existence. Je laisse mon imagination me guider sans la censurer. Je laisse parler mon subconscient, sans le juger ». Ce travail d’introspection doit s’appuyer sur une discipline qui doit être à la hauteur d’engagement émotionnel. La rédaction de Machiavel en talons hauts a pris 4 ans, à raison de 3 heures par jour, 6 jours par semaine. Et puis vient la phase de la réécriture, de la révision, de la remise en cause du travail accompli. « Chaque page a été réécrite plus de 100 fois, ce qui représente finalement 600 000 mots à ciseler. Je n’attaque pas l’écriture avant que d’être totalement habité par le thème, et que mon cœur, mon âme et mes tripes soient peuplés d’émotions. Alors seulement, je ne connais plus l’angoisse de la page blanche. Tout devient une question de travail et de discipline. La structure se développe en progressant. J’écris le matin, entre 8 h et 13 h, dans une pièce presque vide, car de ce fait, il me semble que je dois combler ce vide par mes écrits. Jamais devant une fenêtre car mes idées pourraient s’évader à l’extérieur. » Une discipline spartiate, isolement, retrait du monde partiel ou complet pour certains – telle est la réalité du travail de l’écriture, hautement ritualisée. Hemingway écrivait debout ; Proust dans une pièce isolée par les parois de liège ; Auster dans une chambre dépouillée, avec juste une machine à écrire et du papier à volonté. En prenant un livre dans vos mains, en le feuilletant, songez un instant à la somme d’effort qui a conduit à cet objet. Notre civilisation s’est bâtie sur les livres, et si on clame son déclin ou même sa disparition aujourd’hui, les mots resteront, peu importe le support. Un livre, c’est un moment privilégié d’une rencontre entre deux humains, à la profondeur inégalée, à la générosité bouleversante. Savourez ces moments, la vie est faite avec.

Machiavel en talons hauts
par Jean-Pierre Bélanger

Un drame psychologique familial, un suspense qui s’ancre dans le mouvement de libération hippie des années 1970. Une jeune femme, Sarah, est sacrifiée sur l’autel du paraître par une mère narcissique, ultraconservatrice directrice de financement d’un parti politique fédéral au pouvoir. Alors qu’à l’extérieur se déchaînent les manifestations sociales — mouvement hippie, contestation de la guerre du Vietnam, crise d’Octobre — la violence explose à l’intérieur du cocon familial. Pour assujettir sa fille et promouvoir son statut politique et social, cette mère déploie ses armes : manipulation, chantage, abus verbaux et physiques, harcèlement, intimidation. L’appel à la différence et la conquête d’une liberté chèrement acquise sont au cœur de ce roman tumultueux et haletant. Des scènes fortes, parfois porteuses d’espoir, et une finale émouvante. Le pouvoir absolu ment, trompe, intimide, harcèle, contrôle, installe la terreur, anéantit la liberté d’expression et les droits fondamentaux. Il viole le corps et l’âme. Il ne sert pas la cause de l’humain, il l’exploite. 

Ce récit constitue un appel à la différence, une affirmation percutante du droit à l’émancipation et à la liberté de choix.

Pour la rubrique Chapeau aux gens et aux lieux de ma communauté

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