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Samedi, 02 mai 2026

Verdun + Île-des-Sœurs
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Avez-vous assez de glace dans votre glacière ?

Par François Loiselle

Aujourd’hui, c’est pour le camping que nous achetons de la glace au dépanneur pour la déposer dans la glacière. Ce bac en plastique nous permet de conserver les aliments périssables. Avant l’arrivée des premiers réfrigérateurs dans les années d’après-guerre, nos parents avaient un meuble en bois dur avec une couche de métal sur les parois de l’intérieur. C’était la glacière. 

M. André Laniel, sympathique conférencier et président de La Société du patrimoine et de l’histoire de l’île Bizard et de Sainte-Geneviève, est venu nous entretenir sur cet aspect important de notre alimentation : la conservation des aliments. Habillé tel un marchand de magasin général, notre conférencier avait de vieilles photos et de vieux outils avec lui. Les premières photos illustraient notre mode de vie campagnarde.

Cette conférence a été organisée en collaboration avec les Bibliothèques de Verdun, la Maison Nivard-De Saint-Dizier et la Société d’histoire et de généalogie de Verdun. C’était la deuxième d’une série de trois conférences. Une cinquantaine de personnes ont écouté avec attention ce récit captivant raconté par le conteur du village. 

Nos ancêtres autosuffisants 

D’abord, la majeure partie des habitants Canadiens-français ont pratiqué longtemps une économie de survivance. Le pain était la base de l’alimentation. Pour ce faire, il fallait cultiver le blé. Aussi, la pratique de l’élevage permettait de fournir les protéines et les lipides nécessaires à se maintenir en bonne santé, surtout durant les longs mois d’hiver. La vache, les cochons et les poules vont devenir les compagnons de nos fiers habitants. La grande boucherie de la fin de l’automne se faisait en prévoyance des temps froids. Des produits comme le boudin, la saucisse ou la tête fromagers furent des mets préparés pour récupérer tout ce qu’il était possible de manger. Enfin, le grand potager de légumes avec davantage de légumes racines venait garantir à toute la maisonnée les fibres et les vitamines.

Bien beau tout ça, mais comment faire des réserves et conserver toute cette nourriture ? Nos ancêtres avaient soit un caveau à légumes ou une cave entre le plancher et le sol. On pouvait aussi, descendre des aliments profondément dans le puits. Nos arrière-grands-parents remplissaient des jarres qu’ils scellaient avec de la graisse. Enfin, le salage, le séchage et le fumage étaient des méthodes de conservation répandues.

La livraison de la glace

C’est à partir des années 1850 que l’on vit apparaître les premières concessions permettant à des compagnies de prendre la glace du fleuve Saint-Laurent pour la revendre. Un entrepreneur anglais visionnaire, Frédéric Tudor, va débuter le commerce de la glace vers 1806. Au début, ce sont les gens fortunés du Sud des États-Unis et des Antilles qui achètent la glace. Dès la deuxième moitié du XIXe, le marché intérieur devient plus important que le marché extérieur. 

Autour de l’île de Montréal, les municipalités doivent alors réglementer l’espace sur les cours d’eau pour éviter les rivalités et protéger les travailleurs des effondrements de la banquise. Pour récolter la glace, les outils de la grange s’avèrent très utiles. Le pic à meule de foin, la tarière, utilisée pour percer des trous, et les scies, comme la morue et le godendard, scie à deux personnes, pour en citer quelques-uns.

Le travail de la récolte de la glace débutait après la fête des Rois. Aussitôt que la glace était assez épaisse pour soutenir des chevaux, on débutait. Les chevaux tiraient un long outil en bois et plat qui taillait la glace en surface. Comme ça, on faisait des sillons qui quadrillaient la surface. Les morceaux pesaient entre 300 et 400 livres. Les bons ouvriers pouvaient couper environ 300 blocs par jour ! Les hommes avaient des crampons et même les chevaux portaient des fers à cheval cloutés ! Tout devait être déposé sur les chariots tirés par deux chevaux. 

Les compagnies de glace avaient des entrepôts. Avant la livraison, chaque bloc était recoupé en section de 25 livres ou de 50 livres et enveloppé dans une toile en jute. Les familles achetaient des coupons pour la saison. Comme le dimanche était le jour du Seigneur, le bloc de 50 livres permettait de passer la fin de semaine ! 

Finalement, des enjeux de salubrité pouvaient inquiéter les habitants de l’île. Par exemple, la petite rivière Saint-Pierre qui se déversait à Verdun, apportait les déchets humains et animaliers dans le fleuve. Elle est aujourd’hui canalisée comme plusieurs petits cours d’eau de l’île. Par conséquent, la zone de récolte de la glace a dû se déplacer, puisque la glace entre l’île et la cité de Verdun pouvait renfermer des bactéries. Enfin, M. Laniel nous a étonnés avec une ancienne photo où on aperçoit l’entrepôt de glace des sœurs. Elles étaient vraiment autosuffisantes !

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