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Vendredi, 27 février 2026

Verdun + Île-des-Sœurs
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Verdun, un quartier qui se transforme : comment tisser des liens intergénérationnels dans un territoire en mutation

Par Roxanne Boucher

Phtoo : Archives

La rue Wellington, lieu de rencontres pour créer des liens entre toutes les générations

Verdun change vite. Densification, arrivée de nouvelles familles, transformations culturelles, recomposition des rues commerçantes : l’arrondissement attire et se redéfinit. Mais au cœur de ce mouvement, une question cruciale se pose : comment faire cohabiter et dialoguer les générations dans un quartier où les transformations risquent parfois de creuser des écarts plutôt que des liens ?

L’enjeu est particulièrement sensible dans un territoire contrasté. Du côté de Wellington–de-l’Église, on retrouve une plus forte proportion de ménages à faible revenu et de familles monoparentales, tandis que l’Île-des-Sœurs accueille davantage de professionnels et de nouveaux résidents, dans un tissu urbain marqué par la verticalité et une croissance démographique soutenue. Ces dynamiques peuvent, si l’on n’y prend pas garde, créer des univers parallèles, où les générations ne se croisent plus qu’en surface. 

Des lieux qui favorisent la rencontre

Dans ce contexte, certains espaces du quartier jouent un rôle essentiel pour encourager la proximité et la transmission. Le Centre communautaire Elgar, par exemple, à l’Île-des-Sœurs, est devenu un véritable « tiers-lieu » où les générations se côtoient naturellement. Sa programmation variée — spectacles, expositions, ateliers — offre un prétexte simple pour sortir de l’isolement et rencontrer l’autre.

Mais au-delà des activités, c’est l’esprit des initiatives qui crée du lien. L’atelier Les petits mentors, où des adolescents accompagnent des enfants d’âge préscolaire dans des tâches quotidiennes ou des jeux éducatifs, illustre parfaitement la force du contact intergénérationnel. Les ados deviennent modèles, les plus jeunes apprennent en observant, et les parents trouvent un moment pour souffler ou échanger entre eux.

Ces projets ont un impact social réel : ils créent de nouvelles routines, redonnent un rôle à chacun et rappellent que l’intergénérationnel, ce n’est pas seulement la relation grands-parents/petits-enfants, mais l’ensemble des transmissions quotidiennes qui façonnent un quartier.

La culture comme levier de solidarité

Verdun peut compter sur une vitalité culturelle importante qui, lorsqu’elle est orientée vers l’inclusion, devient un levier puissant pour rapprocher les générations. Le Plan de développement culturel de l’arrondissement insiste d’ailleurs sur la volonté de « soutenir l’animation de quartiers conviviaux, mixtes et inclusifs » et de faire de la culture un moteur de solidarité.

Cette approche est particulièrement nécessaire dans un arrondissement en transformation. La culture, dans un tel contexte, joue un rôle de médiation : elle permet de se rassembler autour de ce que l’on crée, partage ou célèbre ensemble — indépendamment de l’âge, du revenu ou du quartier où l’on vit.

L’exemple récent du lancement public du plan culturel, où la mairesse rappelait que « les arts et la culture sont des vecteurs importants de liens entre la population », démontre une prise de conscience municipale : dans un quartier hétérogène, la culture peut atténuer les fractures.

Derrière les rencontres, un enjeu plus profond : la cohésion sociale

Les sociologues le rappellent depuis longtemps : les quartiers mixtes — économiquement, culturellement, générationnellement — ne fonctionnent que si des occasions de rencontre authentique existent. Verdun, avec sa promenade le long du fleuve, ses parcs, ses salles communautaires et ses initiatives locales, dispose des ingrédients nécessaires… mais ces ingrédients doivent être activés.

Les aînés, par exemple, jouent un rôle déterminant dans la mémoire collective de Verdun : celle de la rue Wellington d’avant la revitalisation, des anciens commerces, de la vie ouvrière, des transformations du fleuve. En parallèle, les jeunes familles et les adolescents amènent d’autres préoccupations : mobilité, garderies, activités sportives, espace public.

Pour que ces récits coexistent — et surtout, se répondent — il faut des lieux, des projets et des politiques qui créent du dialogue intergénérationnel, car un quartier se transforme mieux lorsqu’il se transforme ensemble.

Un quartier où chacun peut contribuer

À Verdun–Île-des-Sœurs, l’intergénérationnel n’est pas qu’un idéal : c’est une nécessité face à la vitesse des changements. Les initiatives qui fonctionnent le mieux sont celles qui donnent à chacun un rôle actif : les jeunes qui transmettent aux plus petits, les aînés qui partagent leur mémoire, les familles qui recréent de nouvelles traditions, les nouveaux arrivants qui amènent d’autres perspectives culturelles. Les transformations urbaines peuvent fragiliser les liens… ou devenir des occasions de les renforcer. À condition de reconnaître que l’appartenance n’est pas un héritage, mais un travail commun, porté par les générations qui cohabitent dans le quartier.

Verdun n’est pas qu’un territoire en évolution : c’est un territoire en construction relationnelle. Et c’est peut-être là que se joue l’avenir du quartier, dans sa capacité à faire dialoguer celles et ceux qui l’habitent aujourd’hui, hier et demain.

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