Texte Marek Zielinski
Recherche Luz Garcia de Zielinski
« Moi, je vais vous dire, je me pince tout le temps. Chaque fois, je me dis que j’ai de la chance d’être là parce qu’il y a des jeunes qui ont 18 ans et il y a des gens qui ont, comme moi, 70. Dans la vie, essayez d’imaginer les occasions où les gens de notre âge côtoient les jeunes des 18 ans dans un projet commun » — déclare d’emblée Doris Longpré, notre interlocutrice d’aujourd’hui. Elle vit un rêve, son rêve, mais il ne lui a pas suffi de juste fermer les yeux. Il y a tout un chemin qui l’a menée là où elle est maintenant.

La culmination de ce rêve a eu lieu le 30 août dernier dans une petite ville française de Châtellerault, 30 000 habitants à peine. Située à 300 km au sud-ouest de Paris, la ville a la chance d’avoir un fou à la direction de son orchestre municipal. Emmanuel Boulanger est un rêveur, l’un de ceux qui croient si fort dans leur vision que rien ne peut les arrêter. Doris a eu vent de cet événement à travers une amie et, sans trop réfléchir, elle a pris son billet d’avion, a fait ses bagages et, avec sa clarinette sous le bras, a fait l’histoire avec 1380 de ses compagnons.
Guinness, ça se célèbre !

Emmanuel a entrepris de battre l’ancien record du nombre de clarinettistes jouant en même temps une œuvre musicale. Le record n’était pourtant pas si vieux, plutôt le contraire : il datait du mois d’août 2025.
Presque jour pour jour un an plus tard, la grande place de Châtellerault a accueilli 1381 musiciens venus du monde entier pour souffler en même temps dans leur drôle d’engin. Parmi eux, la seule Québécoise du lot, Doris. Durant un minimum de cinq minutes, l’ensemble a dû exécuter toutes les mesures d’un morceau.
Le thème du très beau film de Sydney Pollack Out of Africa, composé par le légendaire John Barry, a été choisi. Sous l’œil attentif et sévère des juges officiels du Livre des records Guinness, le morceau a été joué avec brio et le record dûment homologué. Passant de 448 à 1381 musiciens, le nouvel exploit semble promis à une longue vie, bien que tout soit possible — des fous rêveurs comme Emmanuel sont partout, surtout dans le monde de la musique.
Pianoter, puis souffler
Doris, native de Magog, a commencé comme pianiste, inspirée par sa mère, qui jouait en autodidacte. Ayant fait preuve d’une bonne oreille musicale, Doris prend les leçons et progresse rapidement, au point de devenir semi-professionnelle.
Il y a 11 ans, elle délaisse le piano pour se consacrer à la clarinette. Pourquoi ? Tout simplement par le désir de jouer avec les autres, de faire partie d’un orchestre. Le partage est très important pour Doris, qui est aujourd’hui membre de deux ensembles : Orchestre à vent de Verdun (OVV) et celle de Magog, sa ville natale.
Le 6 décembre prochain, nos lecteurs auront la belle occasion d’entendre l’OVV au Quai 5160. Entrée dans cet ensemble en 2016 lors de la journée des chaises ouvertes (un nom élégant pour une offre d’emploi), Doris y trouve son bonheur parmi 45 musiciens. Enfin, elle pratique sa passion en communion avec les autres !
Entre Doris et Verdun, le coup de foudre n’a pas eu lieu ! On devrait plutôt parler d’un attachement progressif, fait de petits pas et gestes, que Doris s’est imposé pour finalement adopter son nouveau lieu de résidence et, aujourd’hui, c’est pour la vie !
Active qu’elle aime être, les pistes cyclables lui offrent plein d’espace pour faire du vélo et le Centre culturel de Verdun la comble avec sa programmation. Mais c’est surtout, et toujours, sa musique qui est au centre de sa vie — une passion partagée désormais avec ses trois enfants et, bien évidemment, son public, qu’elle invite au concert du 6 décembre. Gardez un œil sur notre agenda pour ne pas le rater !



