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Jeudi, 18 juin 2026

Verdun + Île-des-Sœurs
NOUVELLES

Sac à dos et carte de crédit

Texte Marek Zielinski

Recherche Luz Garcia de Zielinski

Partir en voyage, c’est refaire le plein de soi ; c’est de se mettre dans des situations et lieux qui nous dévoilent. Sans ça, un voyage n’est qu’un déplacement. Rien de plus difficile que de le raconter par la suite : comment traduire en mots des odeurs d’une ruelle ou le vacarme d’une grande avenue ? Comment décrire le frisson d’un coucher de soleil (ou de son lever, bien que ça fait longtemps que je n’en ai pas vu, préférant le lit douillet à l’aventure, aussi petite qu’elle soit) ?

Pourtant, je vais essayer, en toute simplicité, mais avec un but précis : faire bouger quelques derrières ! Le mien, je l’ai fait remuer durant un mois dans le cœur de l’Europe centrale (trop longtemps et à tort qualifié de l’Est). Ces quelques mots qui suivent servent autant à inspirer, informer ou prévenir que de revivre pour moi ce voyage à deux, avec mon épouse, le meilleur compagnon pour rouler sa bosse qu’on peut souhaiter.

Dans la peau de Stendhal

Dublin (notre porte d’entrée et de sortie de l’Europe), Varsovie, Cracovie, Prague, Budapest, Vienne, Bratislava — un chapelet de villes qui regorgent de la grande Histoire et de petites histoires. Six langues, six visions du monde, six expériences uniques. 

Si Prague et Budapest riment avec la musique classique (résidence Figaro sur la rue Mozart à Prague et l’immeuble où résidait jadis Bela Bartok à Budapest), Vienne, la noble et distinguée Vienne, nous a reçus dans l’esprit de punk rock, dans un quartier peu recommandable et dans un logement encore moins, à la limite d’insalubrité. Tout est rentré dans l’ordre rapidement, avec une balade au bord du Danube vert, pas bleu, comme le clame la fameuse valse. 

Le concept de trop plein de beauté me paraissait étrange, voire impossible à expérimenter, mais le syndrome de Stendhal nous a frappés en pleine gueule : une sensation générale de surstimulation, de saturation. Ils savaient vivre et s’entourer de beauté, ces sacrés Praguois, Budapestois et Viennois ! Les Cracoviens ne cèdent pas leur place non plus, mais, comme cette ville était parmi les premières à être visitée, l’effet d’accumulation y était absent. Après les merveilles de l’architecture à chaque coin de rue, la vue d’une poubelle débordante d’ordures ou d’un mur lézardé et couvert de graffitis avait sur nous le pouvoir calmant — l’équilibre était sauvé ! 

On se ressemble

Avec la guerre en Ukraine qui tarde à finir, on serait en droit de croire que toute la région est en état d’alerte, que les esprits se chauffent, mais il n’en est rien. Business as usual, ou plutôt la vie comme d’habitude : les gens vaquent à leurs occupations, planifient leurs sorties entre amis ou en famille. Ils continuent à rêver, comme ce chauffeur d’Uber qui nous a déjà invités sur son île de San Andres au large de Colombie dans un hôtel qu’il n’existe encore que dans sa tête ; comme cet autre qui débordait de joie à l’idée de voir son fils à Bergen et qui était intarissable sur ce sujet. Malgré les distances et différences culturelles, il est si réconfortant de se sentir comme en famille avec ces étrangers. Rien n’égale pourtant le sentiment de se retrouver à Verdun, sur son terrain, sous le ciel familier, sur les trottoirs usés par nos balades. 

En regardant en arrière, avec si peu de perspective, tout s’amalgame pour ne former qu’un gigantesque patchwork d’images et d’impressions. En voici quelques-unes en vrac : un McDo à Prague ou un préposé en uniforme vous ouvre la porte et le chocolat chaud est servi dans les vraies tasses ; de l’eau qu’on vous offre avec le café, mais pas avec le repas ; les métros de Budapest et de Vienne sans tourniquets ; aucun commerce ouvert le dimanche — il faut être prévoyant ; des embouteillages quasi permanents ; peu de sourires chez les habitants, mais une vraie gentillesse lorsqu’ils sont sollicités. 

Au retour, un sentiment émerge plus que les autres : la fierté d’avoir visité 7 villes en un mois, avec seulement un sac à dos comme bagage, comme si on était des adolescents. Bon, la carte de crédit avec une limite confortable a certainement aidé, mais l’exploit reste satisfaisant. Et déjà, les ampoules sur les pieds à peine traitées, on se surprend à rêver d’une autre escapade. Après le Mozart de Prague, le Liszt de Budapest et le Strauss de Vienne, quelle joie de retrouver la musique populaire de Verdun grâce à Clay and Friends !

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