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Mardi, 19 mai 2026

Verdun + Île-des-Sœurs
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« Pour le rire de ma femme »

Texte Marek Zielinski

Recherche Luz Garcia de Zielinski

Photos: Bruno Zara 

Après près de 50 ans d’une vie professionnelle au service de ses clients, Me François Loiselle a pris la décision de se retirer – progressivement, en prenant son temps pour que tout se passe dans la paix et la joie. Même s’il a toutes les bonnes raisons de le faire – famille, amis, projets personnels – un petit pincement au cœur est inévitable. Un chapitre se ferme, laissant place à un autre. Le moment est propice à jeter un regard en arrière, sur le chemin parcouru.

Un beau jour en 1976, Me Loiselle est entré dans le bureau de son mentor et premier employeur, Me Julien Mackay. La rencontre a eu lieu à Verdun, dans les bureaux de la rue Verdun que Me Loiselle a acquis en 2013, un an après le décès de son mentor et ami. Grâce à Me Julien Mackay, il a trouvé un emploi, qui est devenu une vocation avec le temps, et aussi sa femme, Madeleine, avec qui il a fondé une famille dont il est si fier.

Au nom de la loi

Le cursus académique d’un notaire ne diffère guère de celui d’un avocat, à quelques exceptions près : ne pas pouvoir plaider en est une de taille. Pourtant, dans sa pratique quotidienne, un notaire fait beaucoup plus qu’appliquer mécaniquement des lois et règlements. Durant l’entretien avec Me Loiselle nous avons découvert l’aspect humain, souvent oublié, de son métier. Lui-même n’ose pas se présenter comme humaniste, alors nous le ferons pour lui, en toute confiance, car il l’est jusqu’au bout des ongles. Il est devant nous, complètement engagé dans l’échange, avec un regard franc – il apprécie d’être là, à nous parler et nous écouter. Certaines choses ne se simulent pas. 

Les lois prêtent à l’interprétation, possèdent une souplesse propre parfaitement légale qui épouse les nécessités de la vie. Une astuce peut sauver une succession et donner les moyens durables de subsistance à la proverbiale veuve et l’orphelin (nous en avons découvert les exemples concrets). C’est bien connu, un notaire est du côté de la vie et près du bonheur, de la naissance au mariage à la vie à la mort, dans les moments privilégiés de chacun; il aplanît les obstacles, rassure, informe, guide. Des indéniables qualités humaines s’avèrent indispensables. Quelques mots échangés avec Me Loiselle dévoilent ces qualités en abondance : il aime sa profession, il aime les gens qu’il aide, il aime sa communauté et, surtout, il aime sa famille. Il y a quelque chose dans les yeux d’un papa et d’un grand-papa qu’on ne trouve nulle part ailleurs quand il parle de sa descendance.  

Le rire pour garder le Nord

L’exigence morale envers soi est rarement évoquée de nos jours – on se justifie trop souvent par l’époque qui semble déborder de laxisme. Rien de tout ça chez Me Loiselle – il dit haut et fort que devenir meilleur humain a toujours été au centre de sa vie. La meilleure mesure ne vient pas des récompenses, des honneurs (même si ça compte quand même un peu), mais de la confiance que les autres témoignent à son égard. Voir cette confiance s’établir entre soi et son client; apaiser les craintes de ce dernier et faire redresser son dos pour qu’il regarde l’avenir avec espoir; constater la fiabilité d’un commerce qu’on a sauvé de la faillite; remédier avec son savoir-faire professionnel au cas de la violence conjugale que le système ignorait – autant de petites/grandes victoires sur soi, sur ledit système, sur sa propre inertie. 

Jour après jour, on devient un homme meilleur et on rend les autres meilleurs – dans son cheminement, Me Loiselle compte (car la route continue) sur une alliée infaillible – sa femme Madeleine, et sur sa façon si particulière de témoigner son appui – son rire. « Tant qu’elle rit, je sais que je fais quelque chose de bien » – assure notre interlocuteur. Avec une boussole morale si infaillible à ses côtés, François (on passe de Me Loiselle à François – la confiance s’installe) a toujours gardé le cap sur le Nord. Au mois de juin, le 22, il amarrera son bateau lentement et graduellement, pour se consacrer davantage à sa famille, à ses loisirs (la nature, la culture, la musique). Il partagera son temps entre ses quatre enfants : Julie, Jean-Philippe, Sonia et Maryse, et sa petite-fille, Emma Rose, qui fait briller son regard plus que tout au monde.

Nous avons commencé l’entrevue avec François en voulant tracer son parcours, citer des noms, établir une chronologie, mais  – toute autre approche s’est imposée : l’homme a rempli le cadre, a imposé sa présence bienveillante, a déversé son humanisme (on récidive, malgré sa modestie) sur nous. Il nous a rendus un peu meilleurs. En cela, il est resté fidèle à son engagement, à sa philosophie de vie. 

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