Portrait d’un passionné : Richard Béliveau, chercheur, auteur et collectionneur

Texte : Jean-Marc Beaudoin
Photos: Jacques Northon

Richard Béliveau est un insulaire heureux depuis 1985. D’emblée, il estime qu’il n’aurait pas été en mesure de se réaliser autant s’il n’avait pas demeuré ici. La proximité, le contact avec la nature et une communauté bien établie sont des atouts. Il est un Verdunois de cœur depuis toujours. 

Rapidement je réalise que j’ai devant moi un « surdoué », un être d’exception. Mais un humain habité d’une grande simplicité et humilité, malgré son parcours exceptionnel. Ses réalisations ont toujours été plus grandes que lui, ce qui est à son honneur.

Natif de Trois-Rivières, il excellait dans tous les domaines académiques à l’école. Il voulait faire carrière en égyptologie et en écriture sumérienne. 

Il a d’ailleurs remporté le premier prix d’un concours national de niveau universitaire alors qu’il était encore au secondaire. Son frère, directeur d’un séminaire, lui suggère alors de s’orienter vers ce qu’il y a de plus difficile à apprendre… la microbiologie.

Un chercheur passionné.

Il est présentement directeur scientifique de la Chaire en prévention et traitement du cancer de l’Université du Québec à Montréal. Le pavillon de biochimie de l’UQAM vient tout juste d’être renommé en son honneur.

Le cancer, ce n’est pas une mutation, mais des dizaines. C’est ce qui donne à chacun d’eux une signature différente.

Dans son laboratoire, il a développé au cours de sa prolifique carrière des expertises uniques et reconnues mondialement. 

Contourner la barrière hématoencéphalique en est un exemple. C’est une sorte de filtre très serré entre le sang et le cerveau qui le protège des infections et des toxines qui circulent dans le sang.

Ainsi, les tumeurs cérébrales se traitaient très mal et il voulait franchir cette barrière pour traiter les cancers au cerveau. Un premier médicament vit le jour. Capable de transporter la chimiothérapie jusqu’aux cellules du cerveau, il a su franchir cette frontière physique et soigner les cancers cérébraux.

D’ailleurs, Richard Béliveau est le détenteur d’une cinquantaine de brevets qui ont émergé de ses recherches.

Il a, tout de même, trouvé du temps pour être chroniqueur au Journal de Montréal pendant 20 ans en plus de rédiger plus de 1000 articles scientifiques. 

Sa mission ? La prévention.

Richard Béliveau est très clair dans ses propos. Le cancer, ça se prévient. 

Le cancer est directement lié à notre façon de vivre. Le tabac, la malbouffe ou l’obésité qui ne sont que quelques facteurs.

« La très grand majorité des cancers sont génétiques et non héréditaires. Les gens confondent hérédité et génétique. L’hérédité, ce sont des gènes transmis par vos parents. Les gènes mutent. La majorité des cancers ne sont pas héréditaires, ils sont génétiques. À peu près 10 % des cancers sont transmis par les parents, affirme-t-il. »

 Puis, il ajoute : « Au Japon, le taux de cancer de la prostate est 25 fois plus faible qu’il l’est en Amérique. Ce n’est pas juste de l’hérédité, c’est une question d’environnement et de mode de vie. »

Ce sont des mutations de cellules dans notre corps qui sont causées par notre mode de vie.

Pour lui, l’alimentation est un facteur clé de la prévention. Ce qui est anticancéreux dans l’alimentation, ce sont les végétaux. Environ 50 % des médicaments utilisés en chimiothérapie proviennent des plantes. 

Aujourd’hui, on utilise davantage de molécules synthétiques, mais traditionnellement, les médicaments de chimiothérapie étaient dérivés de plantes.

Parmi ses grandes réalisations, il y a deux médicaments qu’il a élaborés sous les bannières AngioChem et Katana Biopharma, deux entités dont il est le fondateur. 

Son cheval de bataille ? L’alimentation.

Traduit dans plus de 35 langues et distribué dans 40 pays, Les aliments contre le cancer, un des plus grands succès de l’édition de l’histoire du Québec est LA référence en alimentation contre le cancer.

Auteur émérite, il a aussi publié d’autres œuvres, dont Cuisiner avec les aliments contre le cancer, La Santé par le plaisir de bien manger, La Mort : mieux la comprendre et moins la craindre pour mieux célébrer la vie et Prévenir le cancer : comment réduire les risques. 

Une sommité reconnue 

Richard Béliveau a reçu de multiples distinctions, environ 20 titres honorifiques. L’honneur dont il est le plus fier est celui d’Officier de l’Ordre national du Québec reçu des mains du premier ministre en fonction et de l’ancienne première ministre, Pauline Marois.

Malgré toutes ces reconnaissances, il n’a jamais perdu de vue son objectif et sa vocation. Il ajoute, en ce sens : « Il ne faut pas avoir d’ego en recherche. Le vrai savant ne cherche pas sa gloire personnelle. C’est une vocation. Oui, c’est un combat, c’est comme le samouraï. C’est pour ça que je veux devenir un samouraï pour servir. »

Sa passion pour le Japon et les samouraïs.

Il parle avec passion de l’admiration qu’il voue envers ces guerriers japonais.

Sans détour, il m’apprend que le mot samouraï signifie « celui qui sert ». Il est au service de sa communauté. C’est quelqu’un qui utilise son intelligence et ses compétences. 

D’ailleurs, son impressionnante collection personnelle sur les samouraïs compte plus de 400 pièces à ce jour.

Sa satisfaction est d’avoir réussi à responsabiliser une portion de la population mondiale à l’importance de leurs actes par rapport à leur santé. À se donner le pouvoir et à amener la réflexion que je peux prendre ma santé en main et, par ricochet, prévenir le cancer.

Abonnez-vous au magazine Explore

Chaque dimanche matin, recevez la revue des actualités de la semaine sous forme de magazine

Articles récents