Texte Carole Pelletier,
Photo: Courtoisie
Bonjour, Normand, on me dit que tu fais de la philosophie avec des enfants du primaire!
Hum, oui… des ateliers de réflexion philosophique à l’école Louis-Laberge à l’Assomption où résident mes deux petits-fils. En 2018, j’ai fait une formation intensive avec SÊVE (Savoir Être et Vivre Ensemble) fondé par le philosophe Frédéric Lenoir et chapeauté par l’Université Laval.
De la philosophie en classe au primaire?
La démarche s’inscrit dans le cursus pédagogique. Nous avons trois objectifs pour les enfants: développer leur sens critique, penser par et pour eux-mêmes et stimuler leur créativité. Je rencontre chaque classe une vingtaine de fois durant l’année avec un programme bien structuré, un thème établi et des outils pédagogiques très concrets que j’ai créés.
Quel genre de thèmes aborde-t-on avec des enfants aussi jeunes?
Ils sont capables de discuter de tout, avec les bons mots, le respect…
Tu peux nous donner des exemples de questions philosophiques?
Depuis huit ans, j’en ai accumulé des centaines. Par exemple : qu’est-ce qui se passe dans notre tête quand on est fâché? Comment on gère nos émotions? Pourquoi j’existe? Est-ce qu’on peut rester amis même quand on ne se voit plus? Pour être juste, faut-il que ce soit égal pour tout le monde?
Wow! Comment on répond à ça?
Tout est dans la question et la réflexion qu’elle suscite. Par exemple, dans le « juste pas juste » ci-haut, voici quelques réponses des enfants de première année : « Oui, il faut que ce soit égal pour tout le monde parce que si tu es plus petit, c’est injuste. Oui, sinon l’autre n’est pas content. Oui, il faut que ce soit égal parce que sinon ils vont se chicaner. Non, celui qui a eu des bonnes notes ou qui a fait son devoir peut en avoir plus. ». Comme quoi dans cette réflexion, on n’a pas besoin d’être tous d’accord.
Et à cette question : Est-ce le prof qui décide de tout? Les réponses fusent rapidement: « Oui, car elle est plus grande. Non, des fois on peut choisir. Oui, mais c’est le directeur qui a dit à la prof de faire ça alors, c’est le directeur qui décide de tout. Non, parce que c’est moi qui décide où je joue à la récré et où je mets mes couleurs sur mon dessin. »
Et, maintenant, toi, Normand, ta vie …
Je vis depuis des années à L’Île-des-Sœurs mais je suis originaire de St-Martin, Chomedey, Laval. J’ai fait mon cours classique et une carrière en informatique que j’ai adorée. J’ai une famille formidable et un cadre de vie bien établi qui définit les priorités. Imagine un triangle – aux pointes, il y a la famille, le travail et la culture et, au centre, le plein air qui se décline en cyclotourisme, ski nordique et expéditions en haute-montagne – un monde d’aventures sans fin que je partage avec les être aimés. Ça m’a amené partout à travers la planète. J’ai fait le camp un de l’Everest, le Kilimandjaro, le Mont Blanc, quelques 20 éditions de la traversée annuelle des Laurentides, une virée à vélo Montréal, Vancouver, Los Angeles, et j’en passe. Tout est dans le processus et chaque événement exige des mois de préparation.
Et aujourd’hui?
J’écris un livre – « Échappées belles », le récit de mes aventures en plein air. Disons que je semble avoir le chic pour m’attirer des ennuis, ne serait-ce que la lionne qui avait besoin d’une collation, de l’éléphant qui avait envie de me piétiner, d’un épisode d’hypothermie; je peux probablement recenser une vingtaine de grandes aventures qui auraient pu mal tourner. Mais voilà, je suis encore là pour en parler, pour en rire et pour les raconter.
Merci, Normand, on ne s’ennuie définitivement pas avec toi.



