Revue de presse – Stéphanie Marin, Presse canadienne –

On en parle peut-être moins, mais le suicide existe chez les 65 ans et plus. Et avec les bouleversements causés par la pandémie de COVID-19, leurs idées suicidaires ont augmenté, prévient un psychiatre de la Santé publique, qui appelle à la vigilance de leurs proches.

Ça reste souvent caché, dit le Dr Robert Perreault, un médecin psychiatre et expert en médecine préventive à la Direction de la santé publique de Montréal. Mais « parce qu’il faut en parler », le Dr Perreault a saisi l’occasion de cette semaine consacrée à la prévention du suicide.

S’il y a moins de Québécois de plus de 65 ans qui s’enlèvent la vie que ceux du groupe de 45 à 64 ans – qui affiche le plus haut taux –, ils y parviennent tristement plus souvent. Selon les données des bureaux du coroner, six suicides sur dix sont des personnes âgées de plus de 65 ans, rapporte le médecin.

Le taux d’idées suicidaires « sérieuses » est passé de 1 % à 4 % chez les Québécois de 65 ans et plus, un chiffre « significatif » selon le Dr Perreault qui compare ainsi les taux mesurés en septembre à ceux de novembre.

Le taux est 5,8 % dans la population en général et de près de 8 % lorsque l’on se concentre sur la Ville de Montréal.

Depuis le début de la crise de la COVID-19, les gens âgés sont beaucoup plus isolés, rapporte-t-il. Ils ont nettement moins de contacts humains, certains ont été confinés dans leurs chambres de CHSLD durant de longs mois, leur santé physique s’est détériorée, ils se savent plus à risque de mourir de la COVID-19, et alors que les plus jeunes réussissent à garder un semblant de vie sociale avec l’internet, les plus âgés ne maîtrisent pas tous les nouvelles technologies.

La pandémie et le confinement, « ça leur a enlevé des protections ».

Ceux qui sont encore à la maison auraient été touchés plus durement que ceux qui habitent en résidences pour aînés, où le personnel a un œil sur eux. Il n’y a pas d’étude sur le sujet, dit-il, mais c’est ce que rapportent les intervenants sociaux sur le terrain.

Et puis, des aînés qui craignent d’être perçus comme un fardeau par leur famille peuvent hésiter à parler de dépression ou d’idées suicidaires, pour ne pas leur faire peur et les éloigner davantage.

En cette semaine de la prévention du suicide, Dr Perreault souhaite que les proches des aînés esseulés ne les oublient pas, et intensifient les contacts avec eux pour briser l’isolement, qui peut être source de détresse. Cela leur permettra peut-être aussi de percevoir les signes d’un état dépressif.

Car ils ne sont pas forcément faciles à reconnaître, avertit-il.

Chez les gens plus âgés, la dépression ne montre pas les mêmes signes que chez les plus jeunes, comme la grande tristesse et la perte d’envie de faire quoi que ce soit. Elle se manifeste plutôt par des douleurs étranges, un sommeil difficile, plus de confusion ou d’irritabilité, des signes qui s’apparentent parfois à la sénilité, explique le docteur Perreault.

« On ne pense pas forcément à un état dépressif et donc on ne pense pas toujours à le traiter. Et c’est là qu’il peut progresser ».

Comme dans tous les groupes d’âge, la dépression et la maladie mentale en général font partie des facteurs prédisposant au suicide, indique l’Association Québécoise en prévention du suicide dans un guide mis en ligne.

Les proches doivent donc être vigilants, conclut le Dr Perreault.

Besoin d’aide pour vous ou un proche ?

•Ligne téléphonique de prévention du suicide : 1866 APPELLE (1866 277-3553)

•Ligne Info-Social du gouvernement du Québec (811)

•Site d’aide et de prévention (suicide.ca)

•Centre de prévention du suicide du Québec (cpsquebec.ca)

•Association québécoise de prévention du suicide (aqps.info)