Explore Chronique Histoire et Patrimoine : 2 de 2
Par Marcel Barthe


Le premier bâtiment, le Pavillon Perry, conçu par l’architecte John William Hopkins (1825-1905), construit en 1889-1890, constitue un exemple d’architecture victorienne pittoresque. L’emplacement choisi est, à l’époque, éloigné de la ville. — photo SHG 27-009 — Institut Douglas
Lieu iconique de l’évolution de la recherche et des soins en santé mentale au Québec, l’Hôpital Douglas, comme on l’appelle communément, s’avère aussi un foyer important du patrimoine bâti et paysager d’une époque caractéristique, où l’influence britannique du XIXe siècle a imprimé sa marque dans la société montréalaise.

Enlèvement de la tour, du frontispice d’époque et de l’escalier extérieur (première photo ci-haut) et remplacement par la façade moderniste ajoutée en 1958-1961 en même temps que les Pavillons Burgess et Frank B. Common, d’expression moderniste, par les architectes Fleming et Smith, de chaque côté et disposés en format en L. On voit le Pavillon Perry d’origine derrière — Photo : Journal Metro, archives.
Bien que plusieurs bâtiments que l’on peut qualifier de patrimoniaux ont subi de nombreuses modifications au fil des ans, par périodes successives, afin de moderniser et adapter l’hôpital à l’évolution des besoins, certains ont conservé, encore aujourd’hui, des caractéristiques d’origine.
Outre le Pavillon Perry, édifice de pierre de trois étages avec un toit mansardé recouvert d’ardoise et percé de lucarnes, la première fournée comprend les Pavillons Lehman (1894-96) de l’architecte Sir Andrew Taylor (1853-1937), Reed — East House (1902), Newman — North West House (1909), la villa Burland (1905) et le caveau à légumes, édifice à moellons avec colombage apparent aux murs pignons.

La villa Burland, victorienne de style architectural Queen Ann, logeait à l’époque le personnel dirigeant — photo : Clara Lacasse

Le caveau à légumes conservait pour de longues périodes, les produits frais de la ferme cultivée par les patients avant l’élimination de la superficie du site situé au nord du canal de l’Aqueduc — photo, Marcel Barthe, 2025
Cette première étape sera suivie par une expansion rendue possible par l’acquisition d’une nouvelle portion de la terre Hadley. Deux bâtiments, encore bien conservés et peu modifiés, se démarquent alors dans le paysage : le Douglas Hall (1911-1912) et la Pavillon Dobell, lieu de résidence des infirmières (1916).

Les architectes Edward et William Maxwell conçoivent deux édifices exemplaires de facture néoclassique d’inspiration Beaux-Arts (colonnes d’inspiration grecque, ornementation, œil de bœuf, mascarons et médaillons). Ici, le Douglas Hall, bâtiment dédié aux loisirs pour la communauté — Photo, Marcel Barthe, 2026).

Plusieurs autres phases de construction, chacune représentative des époques de l’édification de l’hôpital, aboutiront au cadre bâti actuel qui a perdu une partie de son intégrité, tout en conservant de nombreux témoignages architecturaux intéressants.
Le patrimoine paysager
Il y a plus que le patrimoine bâti à contempler sur ce site. Le paysage constitue une caractéristique marquante de ce lieu.

Allée principale bordée d’arbres représentative de la période pittoresque et d’un campus rural, en plein cœur de la ville (Photo : Explore Verdun— IDS)
Jouxté par le sud au parc de l’Honorable George-O’Reilly qui longe le fleuve, jusqu’au parc Angrignon au nord, les caractéristiques paysagères du site Douglas, contribuent au véritable poumon dans ce coin de la ville, favorisent la contemplation tout en abritant des zones aménagées à des fins ornementales, d’activités sportives et de récréation, d’agriculture urbaine et un jardin d’œuvres d’art. Il est accessible aux promeneurs depuis plusieurs années déjà.
Mon petit grain de sel : un avenir incertain pour ce patrimoine
La qualité de l’enseignement et des soins, de même que la réputation de l’institution, sont fragilisées par la vétusté du complexe. Les bâtiments ont besoin d’amour. Les problèmes de sécurité et d’intégrité de plusieurs édifices sont carrément menacés. Le lieu n’est plus à la hauteur des besoins croissants en santé mentale.
Depuis plus de quinze ans, par vagues, l’institution présente à l’État ses plans de développement et de mise à niveau afin que le tout corresponde à une institution universitaire de cette envergure. Ces démarches sont justifiées. Le gouvernement ne cesse de retarder faute d’argent. Jusqu’ici la vision de la direction s’orientait plutôt vers une approche de recommencement à zéro, ou presque, afin de voir naître un bâtiment majeur à la fine pointe de toutes les dernières technologies.
Déjà, par le passé, des initiatives citoyennes ont manifesté leur crainte d’une approche tous azimuts qui négligerait la riche composante patrimoniale du lieu, tant du point de vue des bâtiments que du paysage.
Récemment, le dernier budget du ministre Girard allouait une somme de 55 millions de dollars à l’institution. Cette bien mince contribution servira à parer aux urgences — les toits qui coulent, les trous dans les murs, la vétusté des installations électriques, etc.
Et puis, quand viendront les sommes majeures nécessaires à une modernisation approfondie, plusieurs craignent toujours que la préservation et la protection du patrimoine bâti et paysager deviennent une quantité négligeable. Comme d’habitude, diront les défenseurs du patrimoine. On ne peut que souhaiter que cela ne soit pas le cas.
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Sources : Cahn, H. Charles, Hôpital Douglas, 100 ans d’histoire et de progrès, 1981, 235 pages et Énoncé de l’intérêt patrimonial, L’Institut universitaire en santé mentale Douglas, Patrimoine Montréal, novembre 2017, 50 pages.


