Le Billet de Jean-Guy Marceau
(Une journée dans la vie de Pierre)
Pierre aura 75 ans le 1er février. Il a l’air d’en avoir 65. Il possède quelques secrets en poche : une formidable hérédité, sa mère est décédée à 99 ans et son père, l’an passé, à 97 ans. Il se nourrit assez bien et est constamment en mouvement. Sa devise : « Si tu t’arrêtes, tu rouilles ». Résultat, il bouge plus qu’un écureuil en crise d’hyperactivité.

Son réveil, acheté il y a mille ans chez Distribution aux consommateurs, sonne à 6 h 30, mais Pierre est déjà debout depuis 6 h 22. Il fait son lit en se levant. Il s’habille, ouvre son poste de radio à Masbourian et enfile ses baskets fluorescentes, achetées en promo chez Sports Campus en 2008. Sa journée commence avec quelques étirements sur son tapis de yoga gris. Son chat « gris » qu’il a nommé Virus, le regarde avec un mélange de pitié et de résignation.
Après un café noir bien corsé et les nouvelles de 7 h, c’est l’heure de la promenade. Beau temps, mauvais temps, Pierre sort de chez lui rayonnant. Rue Régina, il entreprend sa journée, il marche, pas une petite balade tranquille, non, une marche rapide, que je qualifie de virile, nordique, urbaine. Il traverse la Wellington, se rend jusqu’au Natatorium et revient à grands pas jusqu’à sa boulangerie favorite. Le pain chaud, c’est son carburant…il avale un bon croissant au beurre, en trois bouchées (des petits croissants). Ravi, il revient chez lui aussi rapidement, avec dans la bouche, un goût de bonheur. 9,763 pas, affichés sur son cell…c’est noté !
En après-midi, Pierre s’attaque aux tâches ménagères avec l’énergie d’un oiseau-mouche qui traverse l’Amérique. Pour lui, passer l’aspirateur, c’est une séance de cardio intense, ranger le placard relève d’une discipline olympique. Quand il monte sur le tabouret pour attraper un bocal en haut de l’étagère, il en profite pour faire des squats improvisés sous le regard de Virus qui n’en a rien à cirer. Pierre est prudent et téméraire en même temps…c’est son tempérament (assumé).
Le soir, il regarde des télé-réalités sportives en faisant des abdos sur son vieux sofa vert olive. Virus pense qu’il court après sa jeunesse, moi aussi. À l’occasion, notre Ironman verdunois prend une petite bière — « C’est pour les glucides », précise-t-il à son médecin qui a renoncé à lui dire de se calmer…TDAH oblige.
À 75 ans, Pierre prouve que le bonheur n’est pas nécessairement dans le repos, mais dans l’action et dans une bonne paire de genouillères. Il joue au pickleball deux fois semaines et trouve l’énergie de faire du bénévolat à la popote roulante. Ça roule toujours vite pour lui…moi, il m’essouffle…voilà c’est dit !


