Par Marcel Barthe
Tout le monde parle de la cité-jardin à L’Île-des-Sœurs, mais peu de gens en connaissent le concept et les attributs, qui vont bien au-delà du simple fait qu’il y ait beaucoup de verdure et que la canopée y soit importante.
Ebezener Howard — Photo : Wikipédia
L’inventeur du concept, le Britannique Ebenezer Howard, publie en 1902, Garden cities of Tomorrow, œuvre traduite en plusieurs langues qui influencera la conception des villes en Europe, aux États-Unis, en Australie et au Japon, au début du XXe siècle. Sa vision et sa proposition d’aménagement territorial se veulent une réponse à l’urbanisation débridée des villes anglaises, dans le contexte de la révolution industrielle. Les conséquences sur la santé des travailleurs d’usines et sur les citoyens qui résident près d’elles (pollution atmosphérique, bruit, maladies industrielles, etc.), si bien illustrées par le romancier Charles Dickens dans « Oliver Twist », engendrent la réflexion d’Howard et de son ami et contemporain, l’américain Olmsted, concepteur de Central Park à Manhattan et de notre parc du Mont-Royal.
Cité-jardin du tricentenaire — Rosemont, Montréal, 1954 — Photo Ville de Montréal)
Cité-jardin, île des Sœurs, 1re phase (avant la croissance des arbres au sein du développement) — Photo : Structures métropolitaines.
L’objectif, qualifié rapidement d’utopique, était de créer des micro-environnements à plus faible densité, en périphérie des cœurs industriels, séparés par d’importantes barrières naturelles où la canopée domine, afin de voir naitre des milieux de vie urbains plus sains pour la population. Le concept idéal de son idéateur ne fut jamais vraiment implanté, mais plusieurs variantes existent partout dans le monde, dont à Montréal et dans le reste du Québec.
Schéma de planification cité-jardin, 1re phase — Structures métropolitaines
À L’Île-des-Sœurs, sa forme initiale résulte des interventions de Structures métropolitaines de Chicago, lors de la 1re phase d’aménagements résidentiels dans les années 70. La création d’un noyau de vie communautaire, d’équipements publics et de commerces de proximité de la place Elgar, entourée de strates concentriques résidentielles à faible densité, où une circulation piétonne fluide et verdoyante entre les bâtiments permet des déplacements importants sans croiser des axes de circulation intenses. Soulignons aussi la présence de grandes cours intérieures au cœur des bâtiments, de véritables mini-parcs, accessibles à tous et l’importance d’une canopée intense favorisant le contact avec la nature.
Depuis cette époque, la cité-jardin se fragilise et les adaptations du concept varient beaucoup d’un projet immobilier à l’autre. Élément clé de l’ADN de l’île, la notion de la cité-jardin devrait faire l’objet d’une importante réflexion par les autorités de l’arrondissement, afin de mieux l’arrimer au développement futur du territoire.





