Texte Marek Zielinski
Recherche Luz Garcia de Zielinski
Photos : Alain Laroche
Les soins palliatifs ou les soins de fin de vie — peu importe la formulation, ces mots cachent une réalité que nous, en tant que société, fuyons avec un entêtement étonnant. Pourtant, ce que nous éliminons de notre vie nous revient sous forme symbolique, stylisée et souvent défigurée, sous forme des films, d’images qui nous choquent sans apporter rien à la réflexion. Échanger, ne serait-ce qu’un bref instant, avec ceux qui la côtoient, la mort, au quotidien, est une expérience fascinante.

Quand le traitement cède place au relationnel
Depuis plus d’un an et demi, Dr Éric Séguin est en charge deux semaines sur trois du service de soins palliatifs du Centre d’hébergement Champlain de Verdun au 1325 rue Crawford. Il a succédé au Dr Marchand qui occupait ce poste durant plusieurs années. Nous avons eu la chance d’être reçus par les deux médecins dans leur unité des soins palliatifs, qui peut accueillir jusqu’à 8 patients. Grâce entre autres à un ratio employés/patients plus élevé que la moyenne du réseau, un accompagnement et des soins plus personnalisés sont possibles. Dans les situations de fin de vie, ce que la médecine a perdu en efficacité curative, elle veut le regagner en relations humaines. Et pour nos deux interlocuteurs, cet aspect est la quintessence du travail en soins palliatifs. Ayant passé par toutes les facettes de la pratique médicale — des urgences au bureau, en passant par les soins aigus hospitaliers, les docteurs Séguin et Marchand s’accordent pour dire que leur pratique en soins palliatifs leur permet de bâtir des liens uniques avec leurs patients.
Comme dirait le fameux prince Danois, être nulle part ou être partout, voilà la vraie question.
L’histoire des soins palliatifs au Québec est relativement récente et ne remonte qu’au début des années 70, quand l’hôpital Royal Victoria a ouvert une section de quelques lits pour accueillir les patients en fin de vie. Depuis cette époque, la pratique des soins palliatifs, inspirée bien sûr par ce qui se fait ailleurs dans le monde, a progressé énormément au Québec. Il reste encore beaucoup à faire, le plus grand défi étant sans doute d’uniformiser géographiquement l’accès aux soins palliatifs. La disparité entre différentes régions du Québec, parfois même entre deux quartiers voisins de Montréal, est souvent très grande. Notre secteur de Verdun a la chance d’être particulièrement bien desservi en soins palliatifs à domicile. La clé est de bénéficier d’un groupe suffisant de médecins impliqués, d’un personnel expérimenté et bien formé et d’installations bien équipées.
Nos interlocuteurs mettent en évidence les bienfaits de l’approche bottom-up (excusez l’anglicisme), qui a permis le développement basé sur les besoins réels des patients. Les CLSC jouent un rôle primordial dans ce système pour diriger les bénéficiaires vers le service approprié. Aux soins palliatifs, l’objectif est d’offrir le maximum de confort durant le temps nécessaire.
En théorie, le pronostic d’un patient ne dépasse pas trois mois au moment de son admission, mais, bien que nos deux médecins n’aient jamais été témoins d’un rétablissement miraculeux, chaque cas dans la réalité est unique et évolue à sa façon. Il arrive même exceptionnellement qu’un bénéficiaire soit relocalisé dans une unité de soins de longue durée parce que sa maladie lui accorde un répit dans la progression.
L’objectif principal demeure à accompagner les patients dans leur choix dans la plus grande dignité et sérénité. Au quotidien, cela se traduit souvent par de petits gestes : personnaliser la chambre ou s’entourer de ses animaux de compagnie. Les efforts et le soutien de la Fondation Champlain et Manoir de Verdun, présidée par Mme Lise Dubreuil, permettent d’équiper les chambres et des aires communes pour le plus grand confort des patients. Vous êtes invités à suivre le lien ci-dessous pour faire un don et en apprendre plus sur leur mission et accomplissement.
Dr Marchand, à la retraite depuis peu, s’adonne à cultiver son jardin, à faire pousser la vie avec le même engagement quand il assistait ses patients à s’en aller, dignement et en paix ; Dr Séguin est un cycliste enthousiaste — et c’est à peu près tout ce que nos interlocuteurs ont accepté de dévoiler sur leurs loisirs. Modestement, ils préfèrent s’effacer pour ne pas attirer l’attention sur eux. Leur force réside, comme ils aiment le souligner, dans l’équipe qui les entoure, compétente et dévouée.


