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Vendredi, 17 avril 2026

Verdun + Île-des-Sœurs
NOUVELLES

Et si c’était vrai !

Le billet de Jean-Guy Marceau

C’est bien connu, pour plusieurs de mes contemporains, la solitude est souvent lourde à porter. Pour certaines personnes, elle représente un cadeau, une bénédiction, un choix, une délivrance. Pour d’autres, c’est tout le contraire : la solitude gêne, blesse et lance des images négatives aux personnes qui en sont victimes.

Avouons que nous avons un hiver singulièrement étrange qui nous invite aux confidences et au réconfort. En pleine semaine de relâche scolaire, je rencontre Sophie au café Saint-Henri. Une belle Verdunoise de cinquante ans qui vit avec son fils de dix-sept ans. Seule, vraiment seule depuis deux ans, Sophie a la chance de se réaliser pleinement dans son travail, l’avènement du télétravail lui convient parfaitement. Elle excelle dans la créativité et met toute son énergie dans son travail qui la passionne. À l’aise dans le confort de son condo, elle vit avec un fils qui veut prendre l’air. Ça tombe bien, il entre à l’université dans quelques mois, à Sherbrooke. Secrètement (ce n’est plus un secret puisque je vous le dis), elle cherche l’âme sœur.

Sophie, qui ne fréquente plus les bars depuis des lunes, a connu depuis quelques hauts et beaucoup de bas en amour. Sa vie amoureuse ressemble au menu de chez Woodland : de tout et pour tous les goûts. Dans un passé plutôt récent, comme plusieurs de ses amies, me raconte-t-elle, elle n’a fait que de mauvais choix. Toujours le même patern. Elle attire les « loosers » comme le soleil attire les baby-boomers. En relation, je comprends que Sophie donne et redonne. Je ne la connais pas beaucoup, mais j’ai tendance à croire que c’est vrai.

Elle procède à la démarche suggérée. Elle me dit qu’elle
tenté l’impossible : se vendre sur l’écran, photos à l’appui,
avec un nom d’emprunt
et tout le tra la la…

Un collègue de bureau lui parle d’une agence spécialisée, un réseau payant qui favorise les contacts. Étaler sa vie sur internet ne lui plaît guère, mais qu’a-t-elle à perdre ? (À part quelques centaines de dollars.) Elle s’abonne timidement. Je commande d’autres cafés, c’est trop intéressant. Elle procède à la démarche suggérée. Elle me dit qu’elle a tenté l’impossible : se vendre sur l’écran, photos à l’appui, avec un nom d’emprunt et tout le tra la la. Je suis belle, je suis fine, je suis capable… se dit-elle. Sophie me dit connaître un succès instantané : un Claude nébuleux, un Roméo passé dû, un Maxime encore à la garderie (qui cherche visiblement une môman) et, finalement… Simon.

Commencent des heures de plaisir à pitonner sur l’ordi. On se montre le bout du nez, puis on plonge, me dit-elle. On échange nos numéros de téléphone candidement. Elle me dit avoir un peu peur et être terriblement excitée. Et si c’était vrai ? Simon habite tout près. Un premier rendez-vous semble imminent. Terrain neutre, un brunch chez Janine. Samedi 11 h 30, elle file à son premier tête-à-tête avec Simon, elle sent son cœur battre jusque dans ses boucles d’oreille. Sophie s’installe et attend l’arrivée du gars de l’ordinateur.

On se résume, on fait le beau,
la charmante, on joue du cil,
on s’amuse. Le jello
semble « pogner ».

Il arrive. Premiers contacts visuels, les deux se plaisent. Un café, puis un gros brunch. On ne touche à rien. On se résume, on fait le beau, la charmante, on joue du cil, on s’amuse. Le jello semble « pogner ». Espoir à l’horizon. À ce moment précis, Sophie m’avoue qu’elle a le goût de sortir du restaurant et de crier : au secours ! Trop tard. Simon ne perd pas de temps et propose une sortie en soirée. Et voilà une nouvelle histoire qui commence. J’observe Sophie depuis un bon moment, et son regard n’a rien à envier au plus beau soleil de juillet. Elle termine son troisième café en me disant :

— C’est certain que j’ai la chienne. Je suis comme sur l’eau et je me laisse flotter, je nage à mon rythme et ça me fait du bien. Faut pas que je panique, la mer est belle et mon lifeguard est à couper le souffle. En terminant, je lui suggère de garder une bonbonne d’oxygène pas trop loin…

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