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Mercredi, 17 juillet 2024

Dans la tête de Bedros Bedrossian

Par Marek Zielinski
Recherche de Luz Garcia de Zielinski

Un vrai prince oriental se promène à Verdun. Grand, traits exotiques, cheveux rebelles portés comme une crinière de lion, une tenue toujours impeccable – M. Bedros Bedrossian impressionne, intimide même à la première vue, mais désarme aussitôt avec un sourire qui illumine tout son visage, et les yeux surtout. Cet homme vit dans son propre créneau horaire, parle sans précipitation, en pesant ses mots. Et on l’écoute, car ses mots véhiculent une sagesse acquise sur les sentiers où se croisent diverses cultures. Une sagesse d’artiste aussi, soutenue par une réflexion sans fin sur la nature de l’art, de son art en particulier, sur le monde que ses tableaux tentent de définir, de lever un coin de voile.

Le geste et l’énergie

L’un ne va pas sans l’autre. Le travail d’artiste, la vraie nature de toute démarche sérieuse est de ne pas entraver ce geste, de garder intacte cette énergie. Il faut du temps pour y parvenir, des vies entières parfois. Le postulat – préserver la pureté du geste – est énorme, d’un poids qui peut écraser les épaules le plus solides. On laisse tomber souvent, pour une période plus ou moins longue, pour toujours même. Après plusieurs décennies d’activité artistique, Bedros en est passé par là. Il s’est éloigné de la peinture, lui, si passionné, si enthousiaste. Il est allé voir ailleurs ; il a tourné le dos au canevas vierge qui a exercé sur lui une pression constante. Mais rien, même pas la vie, la seule force capable de contrebalancer l’art, n’a réussi à le détourner du chemin de la création.

Dans les traces des grands

Citer sur le même souffle Jackson Pollock, Riopelle et Monet impose son prix, on ne peut le faire en totale impunité. Bedros l’assume pourtant. Il se reconnaît dans cette filiation d’esprits qui a guidé la main de ces grands maîtres et dont le souffle se retrouve sur celle de Bedros. En toute humilité, il n’aspire qu’à être une courroie de transmission parfaite, docile quand il le faut, rebelle si nécessaire.

Arrivé il y a plus de 40 ans en sol québécois, Bedros l’Arménien né en Syrie porte en lui tous les stigmates de son peuple, toute sa mémoire. Un voyage en terre arménienne pourrait se concrétiser l’année prochaine, peut-être en compagnie de son fils Christopher, la plus belle création que son père revendique avec fierté. Programmeur des jeux vidéo, Christopher incarne à sa manière le potentiel créatif des Bedrossian.

La communauté d’esprits

Tout au long de ses années d’activité artistique, Bedros a été l’un des piliers de la bohème verdunoise, soit dans le cadre des organismes plus ou moins structurés – associations Les Argoulets puis Empreinte d’artistes – soit à titre individuel, grâce à sa présence imposante.

Après quelques années de passage à vide, loin de ses pinceaux, Bedros est prêt à refaire surface en tant qu’artiste. Parions que le voyage en terre de ses ancêtres nourrira la créativité de Bedros pour des années à venir. Et nous serons là pour en parler.

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