Juliana Zerda

La Malaisie, ce pays mythique localisé à 14,600 km de Montréal, est une péninsule du sud-est de l’Asie, disposant d’un territoire de 329 847 km2 qui partage des frontières avec Singapour, le Brunei, l’Indonésie et la Thaïlande. La Malaisie est reconnue pour l’effervescence et le dynamisme de sa capitale fédérale, Kuala Lumpur, la beauté de ses plages, la légendaire île de Bornéo – quatrième plus vaste au monde -, et autres lieux à connaître. C’est de la Malaisie que provient parmi nous notre amie Chi Yen Lim.

Chi est très connue du milieu sportif de notre communauté de Verdun–Île des Sœurs. Son engagement incontestable à la réussite sportive de nos enfants a été largement reconnu. Depuis 2016, elle s’implique comme bénévole avec l’Association de soccer mineur de Verdun-Île des Sœurs et, actuellement, elle agit à titre de bénévole responsable des équipes de développement et de compétition.

Mère de deux jeunes enfants – Sydney (12 ans) et Kaï (neuf) -, et son conjoint, DJ Abraham, les quatre font une famille de champions dont les principes et les valeurs sportifs sont présents dans la vie de tous les jours.

Derrière cette femme sportive, forte, déterminée, persévérante, engagée, nous retrouvons une professionnelle disciplinée, rigoureuse et très créative. Chi travaille dans le département de Famille Enfance Jeunesse, dans le réseau du CIUSSS. Elle est éducatrice spécialisée auprès des enfants en difficultés de zéro à cinq ans qui peuvent montrer des signes de retard dans une ou plusieurs sphères de développement. Elle évalue et oriente ses enfants vers la bonne voie des services, elle soutient les parents et les garderies et soutient les familles tout au long du processus d’évaluation et de la mise en place du diagnostic.

Son travail et ses implications à titre de bénévole l’aident à accomplir sa mission, celle de redonner aux autres une mission que Chi s’est donnée depuis sa jeunesse, en cumulant des expériences de vie. « Pour ceux qui me connaissent, je fais tout mon possible pour aider les gens parce que ma famille a été chanceuse d’avoir eu de l’aide pour survivre au Canada. Mais aussi pour commencer une nouvelle vie ici. Je fais la même chose en espérant que les gens puissent l’imiter avec les autres ».

Chi n’a pas beaucoup de souvenirs de sa vie antérieure en Malaisie. Elle a dû fréquenter six écoles primaires durant une période de six ans. Ceux-ci ont quitté leur pays rapidement pour des raisons politiques, dans le but de rebâtir une nouvelle vie au Québec.

Venant d’une famille de quatre enfants, dont trois frères, Chi est arrivée à Montréal le 28 décembre 1987 à l’aéroport de Mirabel… en pleine tempête de neige, à l’âge de 11 ans. Elle et ses frères étaient habillés avec des chandails de coton ouaté. « J’étais très jeune et je ne savais pas qu’un pays si froid existait et qu’on parlait une autre langue. On est arrivé au Québec sans bottes, sans chapeau, sans mitaines. Je me rappelle avoir hélé un taxi et demandé au chauffeur de nous amener à n’importe quel hôtel. Nous étions logés dans un hôtel du Vieux-Port et, le lendemain, nous nous sommes rendus au huitième étage du magasin La Baie pour y acheter des vêtements d’hiver. »

Les premières années ont été très difficiles pour la famille, puisque nous sommes arrivés dans un petit appartement de Verdun. Personne ne parlait le français, ils causaient tous en mandarin, en malais et un peu avec l’aide de l’anglais. Son père a trouvé un travail dans une usine de fabrication de fromages de Kraft, sa mère dans une usine de production de télécommandes, tandis que les enfants, âgés de 10, 11, 13 et 14 ans, allaient quotidiennement à l’école.

Le chemin ne s’est pas présenté avec aisance pour eux quand, peu de temps après leur arrivée, la maladie a emporté le père de la famille. Alors sa maman seule, très endettée, sans revenu, elle s’est ramassée à élever les quatre enfants. Puis, elle a déménagé à Notre-Dame-de-Grâce. Les deux plus grands enfants ont commencé à travailler dans une épicerie pour aider le reste de la famille. Sa mère, aussi déterminée et persévérante, a continué son travail à l’usine, a entrepris des cours de français et a finalement obtenu un diplôme en gestion.

Chi a pris un rôle très important au sein de la famille. Étant la seule femme avec sa mère, Chi a multiplié ses responsabilités en accroissant ses tâches quotidiennes ; les deux femmes de la famille sont devenues les piliers féminins, avec le but premier “de s’en sortir” et survivre dans un nouvel environnement.

Ce sont ces expériences qui ont bâti la personnalité de Chi, femme forte, débrouillarde, résiliente, engagée et persévérante. Ces caractéristiques sont devenues des atouts dans sa vie, mais grâce au sport. « En Malaisie, j’étais très bonne en sport. J’ai compétitionné au niveau des Olympiques juniors de mon école et gagné des médailles d’or en courses de vitesse, de 100 m, 200 m, 400 m, saut en hauteur, saut en longueur. » En 6e année, elle s’est fait recruter pour une équipe masculine de hockey cosom qui avait le défi de trouver une fille pour l’équipe. Sans avoir aucune idée, elle a appris à jouer et a gagné le prix de joueuse par excellence en défensive. Malheureusement, ses responsabilités familiales et sa réalité ne lui ont pas permis de continuer plus loin dans le sport. Entretemps, elle a trouvé une autre passion… dans les arts. Chi s’est donnée les moyens d’entrer au secondaire de l’École Saint-Luc, au programme douance et en concentration musique. En étant très bonne en arts plastiques, Chi reconnaît que l’ajout de compétences en musique et en arts lui ont donné un équilibre dans sa vie. Depuis ce temps, elle continue bénévolement de jouer le rôle de conceptrice de décors et de graphisme. Elle a fabriqué les décors des revues musicales au sein de la concentration musique de l’école durant plusieurs années.

Elle a aussi repris le hockey 10 ans aujourd’hui et elle encourage les adultes à rester actifs. Elle donne son temps depuis plusieurs années à coordonner une ligue de hockey-balle masculin et féminin dans la région sud-ouest de Montréal.

« Pour moi, le loisir est très important, tant pour moi que pour les enfants. Les enfants devraient jouer, mais ce ne sont pas toutes les familles qui ont de l’argent pour payer pour un sport. » C’est dans cet esprit qu’elle a décidé de s’impliquer comme bénévole au soccer. Elle croit que ce n’est pas l’argent que devrait empêcher un enfant de trouver tout son potentiel. À travers le sport et en faisant des démarches auprès des différents organismes, elle-même a réussi à aider plusieurs familles dans l’accomplissement des rêves sportifs des enfants.

Sportive, artistique, créative, cette femme polyvalente n’hésite pas à aider quelqu’un dans le besoin, que ce soit pour un bon conseil, donner de la nourriture à un itinérant ou payer pour l’épicerie de quelqu’un. Chi est un trésor pour notre communauté. Elle est notre voisine venue d’ailleurs, une voisine venue pour y rester.