Texte Marek Zielinski
Recherche Luz Garcia de Zielinski

Photos : Daniel Rochon
Clay and friends – un nom qu’il faut décomposer un peu pour en saisir la signification. Les friends de Clay, ce sont bien sûr ses merveilleux musiciens, qui l’entourent et qui incarnent cette musique si vivante. Mais, nous aussi, le public, nous sommes les friends. Sans nous, point de rencontre, et la musique ne sert qu’à ça : nous unir, nous regrouper dans son rythme.
Je suis chanceux d’être de la génération qui a connu le plus grand phénomène culturel du XXe siècle pratiquement en temps réel : les Beatles. Tout a commencé banalement : quatre simplets (je cite sir Paul McCartney, tirez sur lui) de province anglaise qui ne pensaient qu’aux filles et qui ont découvert la meilleure combine possible pour arriver à leur fin : faire de la musique. Ils étaient cutes (même Ringo), ce qui aide au départ. Sans le savoir, ils incarnaient un monde nouveau, en devenir et en contraste avec l’ancien. Vous vous dites en me lisant : mais il va oser! Il va oser comparer Clay and friends et les Beatles. Selon la définition de Michel Audiard, le plus grand dialoguiste de notre système solaire, c’est précisément à ça qu’on reconnait les cons : ils osent! Donc, j’ose.
Plongez dans l’eau
L’époque change. En profondeur. Au point que le monde devient méconnaissable, sans repères. Le Verseau nous arrose, autant plonger la tête première. Certains ont déjà prise de l’avance : les artistes, les rêveurs. Ils ont tâté l’eau : la température est bonne, la profondeur aussi – y a plus rien pour nous empêcher pour leur emboîter le pas. Le temps de crise est là, mais c’est plutôt une bonne nouvelle. Le mot vient du grec krisis, qui veut dire décider, prendre une décision. C’est tout! Avouez que ça dédramatise la chose, hein?
Les centaines d’auditeurs présents au dernier concert de l’année de Clay and friends ont déjà fait le choix. Avec la musique du quintet verdunois, la chose a été plutôt facile : on se laisse porter par l’énergie, par le rythme, par le vibe.
Le spectacle a été à la hauteur de leur réputation. Sans effort visible (une fausse perception, car il y a du travail derrière), le groupe déploie sa magie. Multi-instrumentistes, Mike, Adel, Clément, Pascal et Émile sont des professionnels accomplis, sans avoir pourtant perdu leur authenticité. Ils s’amusent comme des fous avec le public et l’amènent exactement où ils veulent. Et on ne demande que ça!
En 2026, on respire
Après une année exceptionnelle, il est temps de souffler un peu. Le groupe ne prévoit pas de tournée prochainement, ni de sessions d’enregistrement (sans les écarter pour autant – quand l’inspiration est là, on fonce).
Venant principalement du monde de hip-hop, le groupe évoque en même temps des affiliations avec le jazz, le rock des années 60 et 70 et la musique du monde. Comme par magie, ces influences diverses se nourrissent mutuellement le plus naturellement du monde – ce qui arrive quand la musique est incarnée, et non fabriquée – le public sait très bien faire la différence.
Les dernières notes à peine finies, on s’ennuie déjà d’eux – leur prix de l’ADISQ pour le spectacle de l’année est amplement mérité. Le temps qu’ils s’accordent pour vivre et se nourrir artistiquement sera sans doute comme un élan, qui les propulsera encore plus loin, encore plus haut. Et nous, on sera là, à les attendre – ce que font des amis, n’est-ce pas?


