Texte Marek Zielinski
Recherche Luz Garcia de Zielinski
Photo: Jacques Northon
La jeune femme en face de nous est souriante, polie. Pourtant, dans son œil, une étincelle d’espièglerie laisse deviner une personnalité forte, qui forge son propre chemin. Akiko Kawakami a accepté de nous parler de sa vie, de sa passion pour la musique et de ses projets, de sa timidité et de ses conversations en anglais avec les vaches!
Un coup de pouce au destin
Le destin n’est pas ce qui nous arrive malgré nous, sans aucun effort de notre part, sans acte de volonté. Le destin, c’est la somme de nos décisions, grandes et petites – la vie de notre interlocutrice en est un exemple éloquent.
Akiko est née dans la préfecture de Shimane, à l’ouest de l’île de Honshu – la région est parmi le moins peuplée du Japon. Akiko a grandi dans une ambiance empreinte d’amour pour l’art, la musique et les voyages (la petite sœur de sa mère en a fait plusieurs et a abreuvé la jeune fille de ses récits). Un grand piano a pris ses aises dans le salon de la maison familiale, n’attendant qu’une âme charitable et passionnée de musique le sorte de son sommeil. Et ce fut la petite Akiko, chez qui sa mère a tôt détecté une oreille musicale. Dès l’âge de 5 ans, elle prend des cours en privé et développe son art. Elle gagne quelques concours et compétitions du niveau régional.
Vers l’âge de 20 ans, Akiko découvre une possibilité intéressante de voyager : le programme Vacances-travail. C’est dans son cadre qu’elle séjourne pour la première fois au Canada, dans une ferme où elle pratique son anglais et s’occupe des animaux (souvent les deux à la fois – les vaches étant le plus réceptives).
L’apprentissage des langues est pour elle un prérequis pour voyager – c’est dans cette optique qu’elle passe presque 7 mois à Paris, dont elle dévore la richesse culturelle, fidèle à son éducation, qui comprend les cours d’art à l’université au Japon. Elle arpente les musées parisiens, côtoyant les œuvres de Dali, de Picasso et de van Gogh, qu’elle affectionne particulièrement. Ajoutons à la liste Frida Kahlo, dont les travaux Akiko espère contempler en personne, dans son musée à Mexico.
Retour à l’école – de l’autre côté du pupitre
En 2010, Akiko s’établit au Québec, peaufine son français et son anglais, travaille dans les restaurants japonais tout en continuant à jouer du piano. En 2023, elle a rejoint l’équipe de l’École de musique de Verdun comme enseignante de piano et elle a, aujourd’hui, 16 élèves, âgés de 5 à 15 ans.
Ses yeux semblent être constamment émerveillés par tout ce qu’elle voit, par son quotidien, même le plus banal. Ses coups de cœur, ses enthousiasmes sont si authentiques, si vrais – on peut les comparer à ceux des enfants.
La pratique de la musique (plusieurs heures par jour) lui insuffle ce besoin naturel de vérité, de franchise. Chaque note doit être jouée et soutenue avec la plus totale sincérité. Même répétée des milliers de fois, une pièce de Liszt (son compositeur préféré), de Chopin ou de Rachmaninov doit être une découverte, pleine de fraîcheur.
Son rêve à peine avoué – elle se définit elle-même comme une grande timide – serait de donner un récital, seule avec son piano, composé justement des morceaux de l’un de ses pianistes favoris (elle semble pencher du côté de Rachmaninov).
Vivre ce rêve à Verdun, à l’église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs qu’elle apprécie tant et où elle a déjà joué, il y a quelques années, avec ses collègues de l’École de musique de Verdun, la comblerait de bonheur – et nous aussi, par la même occasion!


