Billet Jean-Guy Marceau
Vous savez, la région en forme de talon dans le sud-est de l’Italie, c’est là les Pouilles. Je quitte la Toscane avec un certain pincement au coeur. Je laisse derrière un formidable coin de pays. Je suis quand même très excité de découvrir un nouveau territoire. Nous partons pour quatre heures de route avec la clim au plafond. L’extrême chaleur s’accroche à nos valises qui suintent dans le coffre arrière. La bouteille d’eau est notre nouvelle meilleure amie.

Dès le départ, des routes sinueuses à flanc de montagnes nous révèlent l’ampleur des lieux. Montagnes, falaises, précipices, gouffres, un cocktail visuel impressionnant. Je dois développer mes capacités au volant et sortir le « Villeneuve » en moi. Dans le Pouilles, une route de campagne, n’est jamais simplement une route. Elle peut être étroite, bosselée, bordée d’herbes folles, de murets de pierres millénaires et décider de changer de direction sans prévenir. Les panneaux semblent parfois avoir pris des vacances, tandis que mon GPS, complètement dépassé, répète : « Faire demi-tour dès que possible », comme si, il avait lui-même abandonné tout espoir.
Voyager dans les Pouilles, c’est découvrir une région baignée de lumière, où la terre semble se prolonger naturellement jusqu’à la mer Adriatique. Toutes les routes sont bordées d’oliviers centenaires. Leurs troncs noueux et leurs branches argentées dessinent un paysage presque paisible, certains oliviers sont si anciens qu’ils semblent avoir été témoins silencieux de plusieurs siècles d’histoires. Plusieurs ont connu la Poune.
On descend encore plus au sud lorsqu’apparaissent les célèbres « trulli », ces petites maisons en pierre aux toit coniques, emblématiques de la vallée ( Valle d’Itria). Plus tard à Alberollo, je découvre un village étonnant, mais très touristique, comme sorti d’un conte de fée. Maisonnettes aux murs blanchis à la chaux et aux toitures grises qui donnent au paysage un charme unique qui s’apparente à un village de schtroumpfs. Après quelques heures de voiture, la meute s’arrête faire plein. En Italie, comme vous la savez, les stations-services sont presque toujours rattachées à un comptoir-lunch plus ou moins grand. On y mange souvent très bien.
Nous repartons découvrir les villes blanches des Pouilles où se dressent les collines près de la côte. Ostuni, surnommée justement la ville blanche, éblouit avec ses maisons éclatantes, ses arches, ses balcons fleuris. Nous arrivons à destination. Nous avons loué un trollo, au milieu de nulle part, une maison formidable avec une piscine infinie, située à deux pas de Martina Franca.
Aménagée avec soin, ce petit paradis nous attendait silencieusement entre deux chemins de terre battue, entourée de collines où les couchers de soleil nous tirent les larmes à tous les soirs. Je suis ravi, nous sommes près de tout et complètement retirés en même temps.
Depuis notre petit domaine je suis témoin de la vie qui bat tout autour. Durant notre séjour, la formule est simple, visite des alentours de 10h à 13h, retour après le lunch, piscine, repos, jeux, lecture. Puis préparation retour après sur la terrasse au son des cigales qui annoncent les couchers de soleil hallucinants. Je ne veux surtout pas faire « suer » personne, mais c’est beau en titi.
A Locorotondo, les ruelles propres et silencieuses invitent à la flânerie. A Polignano a Mare, les maisons semblent suspendues au-dessus des falaises de calcaire tandis que les vagues viennent se briser dans les criques cachées, comme dirait Charles Tisseyre : « c’est fascinant! » Puis Martina Franca, c’est comme une carte postale. Nous visitons la crique conique de Lama Monachile.
Une autre merveille des Pouilles, c’est la cuisine. Le repas sont généralement simples, généreux et profondément liés à la terre. Orecchiettis faites à la main, tomates mûries au soleil ( les meilleures du monde, dit-on) la burrata crémeuse, pain croustillant, légumes grillés, poisson fraîchement pêché. L’huile d’olive dorée et parfumée accompagne tous les repas, tout comme le succulent vin local.
Je tenais à me baigner dans l’Adriatique…C’est à Monopoli que mes fesses s’y sont trempées. Beaucoup de touristes, nous y plantons le parasol dans une terre battue et un peu austère. En 5 minutes, nous voilà tous dans la grande bleue. À 40 degrés, c’est rafraîchissant. Monopoli offre un centre historique qui mène directement à la mer. Porto Antico, le vieux port de pêche avec ses petits bateaux traditionnels bleus et blancs. Pas très loin, Bari, la très attachante capitale de Pouilles, à découvrir lui aussi pour son centre historique et sa gastronomie généreuse.
De retour au trullo pour faire nos valises. Demain, nous quittons avec regrets l’Adriatique pour la Méditerranée. Je suis devant le portail de la villa avec un brin de tristesse…les portes du paradis se ferment sur les plus belles images italiennes….C’est pas fini : NAPOLI SORS TA PIZZ !


