Texte Marek Zielinski
Recherche Luz Garcia de Zielinski
Photo: Daniel Rochon
Depuis plus de 11 ans, la guerre en Ukraine fait les manchettes. Les médias en parlent quotidiennement, la décortiquent sous tous les angles : politiques, militaires, historiques. Pourtant, une dimension semble absente, cruellement absente, celle de la rencontre directe avec ce peuple qui nous ressemble tant, malgré la distance et le contexte socio-géographico-culturel : il aspire à la paix, à la sécurité, à la prospérité, à la vie.
Dans le blanc des yeux
Le 7 novembre prochain, à MultiCAUS au 6049 boul. Lasalle à 19h, une occasion unique sera offerte à tous ceux qui désirent en savoir plus sur ce conflit : Michel Poulin, vidéaste, documentariste, photographe et doctorant en études et pratiques des arts à l’UQAM donnera une conférence sur ses deux voyages en Ukraine, le premier en 2024 et le second tout récemment, au mois de juillet. Michel a déjà fait l’objet d’un article dans notre revue, en voici le lien (Michel Poulin). Les points chauds de la planète, il les connaît et les parcourt depuis des années déjà (Colombie, Mexique, Bosnie et Herzégovine).

Partout où il va, son intérêt se focalise sur la résilience des gens affectés par les conflits. En Ukraine, il s’est penché avec une attention particulière sur les artistes, qui n’ont jamais cessé de créer et qui ont même trouvé une dimension nouvelle dans leurs démarches.
Un grand poète polonais a eu ces mots qui résonnent toujours dans ma tête : sans mémoire, un peuple n’est qu’un attroupement, à l’image d’une foule qui se forme quand il y a un accident de circulation, par exemple. La mémoire – c’est peut-être ici que réside le secret de la survie, de cette résilience qui fascine autant Michel.
Les vainqueurs qui réécrivent l’histoire
Tout a commencé comme un projet d’un documentaire : aller sur place, rencontrer du monde, compiler des entrevues et venir les présenter ici. Ce cadre a été rapidement dépassé, et les voyages sont devenus une expérience humaine sans précédent pour Michel. La guerre crée une urgence qui accélère tout – on va droit à l’essentiel. Très vite, le vrai sujet du projet s’est imposé : être artiste au temps de guerre. Comment fonctionner quand les bombes explosent? Et surtout, pourquoi? Pour faire du beau? Pour qui? Toute guerre, tout conflit militaire comporte un volet qui s’attaque directement à l’identité de parties engagées.
Envahir un territoire sous-tend lui imposer une nouvelle identité. Pour le faire, on altère l’histoire, on justifie l’agression par le contexte historique inventé souvent de toutes pièces. La plus grande résistance ne vient pas des soldats. Ils sont nécessaires, mais leur propre conviction est forgée par la conscience nationale, par une identité séculaire qu’aucune propagande ne peut ébranler – en théorie.
En pratique, il faut lutter pour préserver cette mémoire, la nourrir, la forger sans cesse. L’art et les artistes offrent un espace du dialogue, sans jugement, dans l’esprit de la communication non-violente prônée par Marshall Rosenberg, un philosophe qui inspire Michel.
La conférence qui aura lieu le 7 novembre sera une occasion unique pour poser des questions, pour gratter un peu la surface. Pour Michel, qui a vécu quelques moments assez traumatisants, en parler devant un public lui permettra de créer une distanciation, de, tout simplement, remettre un peu d’ordre dans sa tête.
Il évoquera ses rencontres, toutes marquantes, intenses même si brèves, comme avec ce groupe de musique de Kyiv dont le chanteur a été déployé sur le front ou une autre, avec un jeune homme anonyme croisé dans un autobus et qui n’a pas pu quitter le pays, étant soumis à la conscription en vigueur.
Ces voyages ont été possibles grâce au soutien et aide de plusieurs personnes, ici, à Verdun, comme le sculpteur Denys Tsiov et sa compagne Yulia Khmara, et tant d’autres, en Ukraine : Natalia Koval, Oleg Chorny, Svitlanka Sugak, Volodymyr Tymchuk, Olena Kulik, Tetiana Kachanovska, Pavlo et Viktoriya Matyusha, Yana Hudzan. Ce ne sont pas que des noms.
Ce sont les gens dont certains ne survivront pas à cette guerre. Tous, sans exception, vont porter les stigmates durant toute leur vie. Lisez-les attentivement, ces noms, ils méritent quelques secondes de notre temps. Le temps de les lire, ils existeront; le silence ne sera pas si étourdissant – nous leur devons bien ça.
Pour savoir plus sur la conférence :


