Texte et portrait de Carole Pelletier
Photos de reportage par Jack Northon
D’abord, deux petites mises-au-point : mise à part votre collaboratrice, tout le monde l’appelle Jack, mais il est bien né « Jacques ».
Photographe… définitivement, oui. Mais, pendant longtemps, il a été cameraman de terrain et vous avez probablement vu ses reportages, souvent dans des circonstances difficiles. L’appareil photo a toujours suivi, un peu en retrait pendant sa carrière, mais, aujourd’hui, c’est le moyen de communication prédominant de Jacques.
Explore : Jacques, d’où viens-tu?
Jacques : Je suis un gars de Verdun. Je suis né à l’Hôpital Saint-Luc. Mes parents étaient de Saint-Henri. Mon père était typographe et ma mère travaillait à l’Hôpital Champlain. J’ai vécu presque toute ma vie à Verdun et je compte bien y finir mes jours – le plus tard possible (sourire!)

Il
était
une
photo
avec
Céline
Dion.
Explore : Tu étais cameraman?
Eh oui. Tout jeune, je bricolais des systèmes de son et mon appareil photo n’était jamais loin. D’une chose à l’autre, j’ai décidé d’aller au CÉGEP de Jonquière en techniques de communication, art et technologies des médias. Je l’ignorais à l’époque mais ce CÉGEP était plus ou moins une pépinière pour les médias. À mon retour à Montréal, j’ai été rapidement embauché par Télé-Métropole et j’y ai fait mes classes : trois ans comme monteur, huit ans comme assistant-cameraman et, ensuite, cameraman de reportage. En fait, on pouvait s’orienter vers le travail en studio ou vers le reportage terrain. Pour moi, la question ne s’est jamais posée : d’office, ça été le service des nouvelles et le terrain. La technologie a beaucoup changé durant cette période. Au début, il fallait être deux pour travailler à la caméra ; le matériel était énorme et lourd. Et, puis, le tout s’est allégé. L’équipement de montage est devenu portatif. Ça demeure un travail physique mais une personne peut suffire.

Avec
l’as
du
multi-tâche,
Gregory
Charles.
Explore : Tu as dû voir beaucoup de choses durant ces années…
Oui. Des choses qui, souvent, n’ont pas été faciles.
- Je me souviens de l’écrasement du vol 111 de Swissair en septembre 1998 devant Peggy’s Cove, en Nouvelle-Écosse. L’avion, parti de New York, se dirigeait vers Genève. La tragédie a fait 229 victimes. Ce fut une onde de choc. Les gens étaient bouleversés.
- Et, que dire, de la tragédie à l’école secondaire de Columbine au Colorado en avril 1999. Celle-ci a fait 15 morts dont les deux étudiants à l’origine de l’attentat qui se sont suicidés. Quel drame!
- À la fin août 2005, c’était l’ouragan Katrina, un désastre sans précédent, qui, après avoir touché les côtes de la Floride, se dirigeait vers la Louisiane, plus particulièrement vers la Nouvelle-Orléans, la ville la plus populeuse de l’État. Près de 2000 victimes et des dégâts sans précédent.
- Je n’oublierai jamais le tsunami qui a frappé l’Asie du Sud-Est, le 26 décembre 2004 ; 230 000 personnes sont décédées dans 14 pays. La désolation la plus complète.
- Et, tellement d’autres encore…
Explore : Comment fait-on pour vivre ces événements? Tu étais présent. Tu as vu les gens affectés par ceux-ci.
J’étais en Afghanistan en 2002. La guerre civile et le chaos le plus complet régnaient, sans parler du tremblement de terre en avril. La communauté internationale s’était ralliée et avait envoyé des dons. On voyait des gens sortir de partout pour aller chercher un petit sac de plastique qui contenait de la nourriture – des femmes, des petits enfants affamés, pauvres au-delà de ce qu’on peut imaginer ici. La seule façon de passer au travers en tant que cameraman terrain est de se distancier de ces réalités, d’essayer de les représenter le mieux possible pour que, ailleurs, on puisse les voir et, qui sait, aider.

Sur
le
point
de
sourire
aux
éclats !
Mais, il n’y a pas que des moments tristes, heureusement. J’ai vécu Cannes avec Anthony Kavanagh; on a tellement ri. J’ai passé un mois avec Richard Latendresse, correspondant à la Maison blanche à Washington en 2000 pour l’élection du président George H. Busch : que de bons souvenirs!
Explore : Tu passais ton temps à l’extérieur?
Oui, peut-être un peu trop de temps. Ce n’est pas facile pour la vie familiale. Mais, on ne peut pas refaire le passé. J’ai aussi travaillé un peu en studio, entre autres sur l’émission d’enquête JE où le travail terrain a permis de donner une nouvelle vie à la caméra, une façon de suivre les gens, une approche dynamique.
Explore : Et quoi de neuf? Que fais-tu maintenant?
Ce que j’aime! De la photo, beaucoup de voyages, principalement en Asie et plus particulièrement en Thaïlande.
Explore : En Thaïlande… (est-ce qu’on rougit un peu, Jacques?)
Bien… hum! C’est parce que je suis tombé amoureux. Avec Prapatsorn. Elle travaillait à l’hôtel à l’Île de Phuket alors que je couvrais le tsunami de 2004 avec Richard Latendresse. Je lui avais promis de revenir, ce que j’ai fait au mois de mai suivant avec mon deuxième fils. Nous nous sommes mariés là-bas en 2005. Elle vit aujourd’hui avec moi, ici, mais nous retournons souvent là-bas. Nous avons comme projet depuis quelques années d’adopter sa nièce Picha Ya, qui a 14 ans ; cette partie-là est faite. Nous essayons maintenant de la faire venir au Québec mais nous essuyons refus sur refus avec les politiques d’immigration. Et, pourtant, elle se débrouille déjà en français. Elle rêve de venir ici et de faire du Canada son pays. Nous avons tellement besoin de cette belle jeunesse enthousiaste et prête à faire sa part. Si quelqu’un peut aider, me le laisser savoir.

Et
la
belle
aventure
se poursuit
depuis
lors.
Explore : Et la photo?
Quand je travaillais comme cameraman, j’avais toujours mon appareil photo avec moi et, dès que j’avais un moment, je déposais la caméra et je faisais de la photo. Une fois à la retraite, j’ai rencontré Alain Laroche, l’actuel PDG d’Explore Verdun Île-des-Sœurs ; c’était lors d’une exposition photo que j’avais faite au défunt Café Victoria, sur la rue Wellington. Trois ans plus tard, il me rappelait. Il avait lancé Explore et il avait besoin d’un photographe. C’est ainsi que la belle aventure a recommencé pour moi.
Merci, Jacques. Tes collègues tiennent à te faire publiquement une accolade virtuelle pour ton anniversaire. Nous sommes heureux de travailler avec toi et apprécions ton humour et la qualité de ta production photographique. Au plaisir de se revoir!


