Mesdames, messieurs, on vous dit MERCI! 

Texte : Martine Mimeault

Photo : Daniel Rochon

Se lever à 3 ou 4 h du matin, s’habiller, faire son lunch, aller promener le chien, et se rendre au travail, bien en dehors de l’horaire régulier. Déneiger sa voiture, circuler dans les rues pas encore déneigées. Travailler au froid glacial. Finir de travailler 12 h plus tard, retourner à la maison, embrasser sa femme, promener le chien, se laver, manger et dormir et sans vraiment voir ses enfants… 

Se promener en chenillette, avoir mal au dos d’avoir passé 12 heures assis dans des camions, des tracteurs-chargeurs ou des souffleuses, des saleuses, des niveleuses, des appareils-trottoirs, des camionnettes, planter des piquets de stationnement interdit au travers des véhicules ensevelis. Remorquer des véhicules. Dépanner les conducteurs téméraires et trop audacieux, enlisés dans les bancs de neige. Charger de la neige une fois, deux fois, trois fois dans  la même rue. Trop de neige. 

Entendre le bruit incessant de la machinerie durant plus de 12 heures. Tenter de faire du mieux son travail, au travers des voitures ensevelies, des poubelles laissées sur le trottoir, parfois un divan jeté à la rue, malgré l’interdiction.  

Se faire injurier, lancer des poubelles,( et oui, c’est arrivé),  craindre les impatients qui montent sur les trottoirs avec leur voiture pour dépasser les camions.

Se faire encenser, se faire dire « Un gros merci » et même se faire offrir un café. Voir le regard fier de son contremaitre, heureux de voir ses hommes et femmes dédiés, prêts au combat. En ce jeudi 20 février, Verdun est le champion du déneigement à Montréal.

Recommencer chaque jour jusqu’à ce que cette opération de déneigement soit terminée. Pourvu qu’il ne tombe pas une autre bordée. Toute cette opération doit être planifiée. Il y a des gens dans les bureaux dont la mission est de chorégraphier tout ce ballet d’hommes et de machinerie. 

Voici le quotidien de la centaine de cols bleus, cols blancs, gestionnaires embrigadés dans l’opération de déneigement de l’arrondissement. 188 km de rues à déneiger.   72,4 cm de neige en 4 jours, c’est l’exceptionnel ! Une première en 127 ans, comme nous l’a appris La Presse. La dernière tempête de cette ampleur a eu lieu en 1898. 

Verdun n’était encore qu’un petit village d’environ 40 maisons, dont une douzaine de fermes en activité et une population d’environ 300 habitants, sans école, et Henry Ford n’avait pas encore inventé la première automobile. Un seul chemin principal, le Chemin de Lachine) sur lequel on avait construit un trottoir de 750 pieds…sûrement le seul dans le village. Verdun n’a pas d’employé pour déneiger. En 1898, la vie s’est surement arrêtée quelques jours après la tempête. 

En 2025. Verdun se déploie sur 188 km de rues et sa population est de 72 000 habitants, dont plus de la moitié doit se déplacer pour le travail. Il y a  une artère commerciale avec plus de 275 entreprises, 2 hôpitaux, une dizaine d’écoles qui accueillent 4000 enfants. En 2025, la vie ne peut s’arrêter. Mais Dame Nature a plus d’un tour dans son sac pour nous faire arrêter… 72,4 cm de neige. 

Heureusement, aujourd’hui, Verdun compte une petite armée d’hommes et de femmes monopolisés pour déblayer rues et trottoirs et charger la neige :  la direction des travaux publics de Verdun. Une centaine d’hommes et de femmes, répartis en six équipes pour les six secteurs du territoire. Ils opèrent fièrement plus de 70 appareils roulants (tracteurs-chargeurs et souffleuses, saleuses, niveleuses, appareils-trottoirs, camionnettes, remorques, etc.). La brigade c’est aussi plus de 50 camions de transport et 85 personnes provenant de l’externe (chauffeurs de camions, remorques, appareils de déneigement, agents, etc.)

Ces équipes travaillent six jours par semaine, jusqu’à 12 heures par jour, et ce dès 4 h du matin certaines journées, en plus des équipes de soir et de nuit.

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Bien que le chargement de la neige ne soit pas encore complété, malgré l’ampleur de la tâche, ces hommes et ces femmes des travaux publics poursuivent sans relâche. Depuis dimanche dernier, ils ont déneigé les rues, débloqué les accès, rendu nos quartiers à nouveau praticables. Leur travail est essentiel et mérite toute notre reconnaissance. Grâce à leurs efforts collectifs, Verdun retrouve son rythme, peu à peu, prouvant encore une fois que, même dans les pires tempêtes, on peut compter sur eux.  

Mesdames, messieurs de la direction des travaux publics, cols bleus, cols blancs, gestionnaires, nous vous disons : MERCI!