Sable et Fil – des particules pour un monde infini

Texte : Marek Zielinski

Recherche Luz Garcia de Zielinski


La Galerie Installation art sur la rue Wellington (au 3949 précisément) prend, petit à petit, sa vitesse de croisière : les expositions se suivent et ne se ressemblent pas, ce qui est l’objectif recherché. « Sable et Fil », conçue et préparée par Amanda Brown, s’ouvrira le 17 octobre à 19 h. Trois événements publics ponctueront son déroulement : un vernissage d’ouverture qui a eu lieu le 17 octobre, un spectacle de clôture (le 14 novembre) et un happening (le 25 octobre). Chaque événement proposera une performance spéciale — mêlant danse, mouvement ou voix — avec la participation d’Adalia Pemberton-Smith, Benoit Lachambre, Alec Turgeon, Bornã, Local Creature et Iehente Foote. 



Les installations sculpturales permettront au public de flâner et de déambuler parmi elles. Ces œuvres ont été créées en grande partie à Montréal au cours des dernières années, mais également lors d’une résidence d’artiste en France cet été. Les pièces réalisées en France seront exposées en dialogue avec une œuvre de chacun des trois autres artistes internationaux invités (Richard Barlow, Carla Collins et Nelia Mayer-Rolshoven), rencontrés à Vallauris, un charmant village de la Côte d’Azur, un endroit marqué par l’immense Picasso, qui y a habité plusieurs années. 

Six hommes, un couteau et la guérison par l’art

La mère d’Amanda, sans être une artiste per se, a éveillé chez sa fille un désir de beauté, de l’expression à travers les objets qu’on confectionne et à qui on donne une signification nouvelle. Ce désir, latent durant des années, a pris de l’ampleur suite à un événement traumatique qu’Amanda a vécu dans sa jeunesse : une agression au couteau par six hommes. Désormais, plus rien ne pouvait l’arrêter : s’exprimer, guérir par l’art est devenu une nécessité.  

Née à Southern Rhode Island et bercée dans son enfance par la mer, Amanda a intégré dans ses créations, naturellement et organiquement, les éléments aquatiques qui ont depuis toujours formé son monde : sable, eau et sa fluidité, coquillages (symboliquement, par les formes et volumes).  Son aventure avec l’art a commencé par la poterie. Elle fonde une petite entreprise pour produire des objets autant artistiques que fonctionnels, mais décide un beau jour de se libérer de la composante commerciale et d’embrasser pleinement l’art pur. Elle s’inscrit à MassArt, la prestigieuse école d’art de Boston, et sillonne le monde d’une résidence artistique à l’autre (Danemark, Ghana, France). Aujourd’hui, et c’est son projet à court terme, elle espère trouver une résidence qui accueille des familles entières. Quel merveilleux moyen d’initier ses enfants à la pratique d’art !

Regarde, touche, laisse-toi emporter !

L’exposition se veut un lieu de rassemblement accueillant pour les personnes de tous âges, quelle que soit leur aisance ou leur rapport habituel à l’art. Elle présentera principalement des sculptures en argile et en tissu incarnant le lien entre l’humain et le monde naturel. 

Cette déambulation dans la galerie reflète la façon dont la nature nous réconforte, nous inspire et suscite un sentiment de connexion. Les évocations de la mer et de la terre seront saisissantes mais légèrement déconcertantes, laissant transparaître une certaine détresse ou un malaise inconscient né de l’impact de notre société sur l’environnement et le changement climatique. 

Hautement préoccupée par le chemin et ses bifurcations que le monde qui nous entoure a pris ces dernières années, Amanda propose un retour vers notre essence, vers la nature, vers ce qui nous définit. Travailler la matière, c’est avoir une prise directe sur notre réalité. Sable et Fil – des graines et fibres minuscules qui peuvent former des mondes infinis. Parmi ses inspirations, Amanda cite Ernesto Neto, un sculpteur brésilien, créateur d’immenses installations multisensorielles, faites de matériaux inusités, souvent organiques, comme le sable, les coquillages, le bois et la terre. La filiation avec l’œuvre d’Amanda semble évidente, bien au-delà de la matière utilisée. 

Face à un monde inquiétant, insaisissable, les objets et installations d’Amanda offrent une qualité rare et d’autant plus appréciée : de la légèreté, combinée avec un élément de surprise, parfois déstabilisant, et toujours provocateur, invitant à la réflexion. 

AmandaMBrown



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