Des corps en chaînes, unis et immortels

Texte Marek Zielinski

Recherche Luz Garcia de Zielinski

La nouvelle Galerie Installation/Art au 3949 Wellington, dont nous avons parlé tout récemment, accueille actuellement une exposition de Cicek Kumral, artiste turque établie à Verdun depuis plusieurs années. Vous avez encore deux bonnes semaines pour voir ses sculptures (jusqu’au 10 octobre), qui allient le classicisme avec une approche moderne.

Passionnée par la culture grecque, surtout par la sculpture, elle fait un remarquable parcours académique dès l’âge de 18 ans. Après l’obtention de sa maîtrise puis de son doctorat, elle est conférencière à l’université pendant 12 ans et, pour un an, directrice du programme d’éducation en art. 

Solidarité – un concept à la mode vieux de milliers d’années

Dayanisma, dans la langue maternelle de Cicek; solidarność – dans ma langue à moi; solidaridad – dans celle de mon épouse – des sonorités différentes pour exprimer un concept vieux comme l’humanité et qui revient à la mode, après des années centrées sur l’individualisme. Pour chaque « divisez pour régner », il y a regroupons-nous, nous avons tant en commun, peu importe l’origine, race ou la culture. Cicek explore ce thème avec sensualité et simplicité. 

Le matériau utilisé, des chaînes de vélo, s’y prête remarquablement bien. Très maniables, ces chaînes s’apparentent à la spirale du code génétique, faite de petits modules qui forment des ensembles complexes. Pour les besoins de son art, Cicek a appris la soudure. 

Dans son travail antérieur, elle utilisait le marbre – décidément, elle ne choisit pas la facilité! Pour se procurer une quantité quasi industrielle de chaînes, elle s’est adressée à la compagnie Bixi, qu’elle tient à remercier pour le soutien. 

Elle étend ses remerciements à Marc Seltzer, propriétaire de la galerie, qui héberge son exposition et qui a offert à notre arrondissement un espace qui deviendra avec le temps incontournable, nous en sommes sûrs. « Ces sculptures appellent également à la solidarité, à la paix et à la liberté » – souligne Cicek. « Je crois que ce qui nous soutient face à la fragilité humaine n’est pas seulement la force individuelle, mais aussi notre capacité d’aller vers l’autre et à agir de concert. Ces œuvres reposent sur le principe de solidarité et sur l’idée que nous sommes plus forts lorsque nous œuvrons ensemble ».

L’horizon infini du corps humain

« Toutefois, pour moi – poursuit l’artiste, la sculpture est tout autant un moyen d’observer le passé qu’un moyen de regarder le présent. En m’inspirant de la sculpture grecque antique, je ne peux faire abstraction des problèmes du monde dans lequel nous vivons ni des vulnérabilités auxquelles l’humanité est confrontée. Ainsi, dans mes œuvres, les corps idéalisés du passé côtoient la vulnérabilité de l’humanité contemporaine.

Le corps humain, qui semble s’affranchir du temps, porte en réalité en lui la douleur, l’espoir et l’expérience commune de chaque époque ».

Quand on pense aux chaînes, on pense à ce qui emprisonnent le corps humain, qui le limitent, oppriment. Les corps imaginés par Cicek sont constitués de chaînes, ils existent grâce aux chaînes. Ce détournement de la signification constitue la force de son travail. L’exercice de la liberté n’est-il pas le premier postulat de l’art? Les œuvres de Cicek incarnent puissamment cet objectif. 

Allez voir au plus vite son exposition, vous y verrez votre reflet dans toute sa beauté, même celle qui semble vous échapper.

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