Par François Loiselle
Suite du texte paru dans notre édition du 5 septembre Voyager autrement
Pour ma conjointe et moi, faire le tour du Mont-Blanc, c’était la parfaite réunion entre un chemin de Compostelle et la randonnée pédestre. Un créneau nouveau était possible. Une voie entre longue randonnée en plein air et défi sportif. Sans oublier cette chaleur humaine autour d’un repas en auberge avec des gens de différentes nationalités.
Nous avions fait toutes nos réservations. Notre rythme allait être agréable. Au total, nous avions prévu 11 étapes, 12 jours de marche et une journée de congé à mi-parcours à Courmayeur, côté italien, dans la célèbre Vallée d’Aoste, célèbre petite localité où furent formés de grands alpinistes.
Débutée le premier juillet à partir des Houches (990m), cette célèbre boucle ceinturant un massif qui culmine à plus de 4800m allait être complétée au bout du 13e jour, au même endroit. Heureusement, ma femme et moi, nous nous étions entraînés. Chaque fin de semaine, nous allions faire une grande randonnée avec un sac à dos plutôt pesant afin de nous habituer à marcher alourdis. Nos bottes furent bien cassées, car les longues descentes dans les lacets, parfois jusqu’à 1000m de dénivelé négatif, ça vous use le bout des orteils.
Durant nos jours de marche, j’apprécie la simplicité de mes journées. Un seul objectif : se rendre au prochain arrêt. La nature m’enveloppant, mes sens sont sous hypnose. Nous croisons et recroisons certains voyageurs qui deviennent par la force des choses plus familiers. Ce soir, serons-nous autour de la même table ou partagerons-nous le même dortoir ? C’est curieux de voir comment les cadences différentes de nos pas, les arrêts qu’on fait, et nos envies divergentes de prendre un verre sur une terrasse à 2400 m ou de s’asseoir pour contempler le paysage ont créé des trajets très asymétriques entre nous. Chacun marchant à son rythme selon sa condition physique. De plus, chacun expérimente cet état primitif de se retrouver seul, bercé par le vent, tanné par le soleil devant le spectacle des plus hautes cimes alpines. Une parenthèse dans une vie bien souvent tumultueuse. Un moment de repos pour le « mental », un pas de recul bienfaisant.
Les points de vue sur le massif sont multiples. Nous nous extirpons des vallées profondes en passant par des cols : col du Bonhomme, col de Saigne, col du Grand Ferret et col de Balme. On y observe et on y apprend à reconnaître le nom des glaciers, certains grands sommets, comme les Grandes Jorasses, le Dolent ou l’Aiguille Verte. Malheureusement, les glaciers qui les enlacent ont bien fondu, comme celui de Bionnassay ou de la Mer de Glace. Les torrents d’eau laiteuse que nous avons traversés témoignent de la fusion des grands glaciers. La neige éternelle qui est déposée au-dessus des éperons et des pics me rassure un peu, mais je me demande bien pour combien de temps encore nous aurons cette blancheur l’été ?
Notre périple nous aura poussés à nous dépasser. Vivant pleinement notre moment présent, un pas à la fois, nous avons démontré beaucoup de persévérance et, devant l’inévitable parfois, nous fûmes capables de courage. Ma femme, ma belle-sœur et moi, nous sommes encore un peu surpris de notre accomplissement. C’est vrai que le sac était lourd ! La montagne reste un lieu privilégié pour se ressourcer. Comme le disait le grand alpiniste et premier homme à atteindre le sommet de l’Everest, Edmund Hillary :
« Ce n’est pas la montagne que nous conquérons, mais nous-mêmes »

Vue du col de Balme vers Chamonix.

Mont-Blanc et le glacier de Bionnassay


