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Mercredi, 06 mai 2026

Verdun + Île-des-Sœurs
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LES BLUES DE L’HIVER

Texte Jean-Guy Marceau
Dessin: Lou Drouin

Ah le printemps ! Ce petit tannant qui pousse les bourgeons et le niveau d’énergie de ma belle voisine dans la même direction : vers le bas. Elle me confiait, entre deux séances de « pelletage », qu’elle était épuisée mais pas vaincue, une marmotte, solitaire, polie, qui fait semblant d’aimer les journées plus longues alors qu’elle rêve d’une sieste de trois heures et d’un interminable bain moussant à l’abricot.

Les blues de l’hiver lui ont collé aux bottes comme une mauvaise publicité, un mal nécessaire, un état d’âme troublant. Elle a rangé son Kanuk, son foulard d’alpaga , ses traction-aids , son chapeau en similifourrure, mais elle a oublié quelque chose d’essentiel cependant : la réserve de motivation. 

Elle s’efforce de mettre en place un mécanisme de défense contre la grisaille ; elle accueille le printemps avec un bouquet de bonnes intentions et un soupçon de confusion. Ses plantes ont compris la situation, elles s’éveillent et semblent lui murmurer : « Respire et, comme nous, absorbe la lumière. Apprécie la neige qui fond. »

Faire du sport ? Oui. Sortir ? Peut-être. Réorganiser sa vie ? Demain. Demain est devenu son meilleur ami procrastinateur. Elle se lève tard et toujours fatiguée, et traîne avec son vieux t-shirt qui a déjà vécu trois vies. Malgré tout, elle fait des efforts louables qu’elle qualifie de petites victoires. 

Cette semaine, elle a fait un gâteau aux bananes, lavé sa douche, brossé son chat, passé quatre heures au téléphone avec le représentant de Vidéotron et commencé son rapport d’impôt. C’est beaucoup pour une déprimée anonyme. Le printemps approche comme un chat devant un moineau… lentement, sournoisement. 

Elle m’avouait que pour elle, ce n’est pas seulement le temps qui change, c’est l’humeur (je m’en suis aperçu, elle est difficilement abordable, presque détestable… bref). Adepte de la luminothérapie, elle se branche dès l’aube et fait comme sa voiture le plein d’énergie. Ça fonctionne, moins de petite laine, plus de promenades sur la Well, plus de soleil qui filtre les angles oubliés de son troisième sur la quatrième.

Alors, oui, elle est épuisée, mais optimiste, à la manière de sa chatte Georgette qui trouve LE rayon de soleil parfait, elle se roule dedans et fait semblant que tout est splendide. Elle aime croire que le printemps lui donnera une deuxième jeunesse. Allez, on avance en pyjama transformé en tenue de ville, on rit de notre chignon en bataille et de nos bas de soutien affalés. Demain elle s’organise… ou après-demain.

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