UN PATRIMOINE BÂTI À CHÉRIR ET À PRÉSERVER
Par Marcel Barthe
On les nomme communément les maisons « wartime » ou des « vétérans ». Elles occupent principalement des rues dans le secteur Crawford Park du quartier Desmarchais-Crawford de Verdun.
D’où viennent-elles ? Quelle est leur histoire ?

Mercier-Hochelaga Maisonneuve, La Presse, 1946

Verdun, La Presse, 2 novembre 1943
Le gouvernement fédéral, par sa société d’État, la Wartime Housing Limited (WHL), créée en 1941, cherche à hausser massivement l’offre de logement pour les citoyens à revenu modeste dans le contexte des conséquences persistantes de la grande dépression au pays. D’abord dédiées aux ouvriers qui travaillent à l’effort de guerre (Deuxième Guerre mondiale) dans les usines, ces maisons prendront véritablement l’appellation « wartime » lorsqu’elles deviendront accessibles aux vétérans de retour du front en Europe. On estime que la WHL a construit entre 40 à 50 000 unités au Canada. Conçues initialement pour être des résidences provisoires, construites en situation d’urgence, à partir de quelques modèles restreints, elles se transformeront rapidement en milieux de vie permanents pour les familles à revenus modestes.
À Montréal, plusieurs quartiers abritent des maisons des vétérans, dont Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Rosemont (dans la cité-jardin), Villeray-St-Michel-Parc Extension, Côte-Saint-Paul, Ville-Émard et… Verdun. On en retrouve également dans d’autres municipalités de l’île, comme Montréal-Est, par exemple.
Dans notre arrondissement, elles commencent à apparaître autour de 1945. La ville de Verdun cède en 1942, à des prix très bas des terrains encore vierges, entre autres à la Parkdale Homes Development Corporation pour faciliter l’accès au logement pour les militaires et leurs familles. Le cœur historique se situe autour de l’avenue Lloyd George.
Leur présence aura fortement influencé la personnalité et la toponymie de ce secteur qui rend hommage aux personnalités militaires qui participèrent aux deux conflits mondiaux majeurs. Il faut noter que Verdun fut une des villes où ses citoyens furent parmi les plus nombreux volontaires et participants à l’effort de guerre. On en retrouve aussi sur la rue Brown, au nord de Beurling et à plusieurs autres endroits.

Rue Lloyd George – Verdun (photo Marcel Barthe, 2026)
Un style architectural particulier
Parfois appelés les « Strawberry Box » – pour les différencier des « Shoebox » sur lesquelles nous reviendrons –, ces cottages présentent une structure simple, de forme carrée, d’au plus un étage et demi, dotés de toits à deux versants. Les fenêtres à battants et les cadres, disposés de façon symétrique, étaient le plus souvent de couleur blanche ou pâle, accentuant l’harmonie et la continuité des ensembles. On y trouve trois modèles de base : 4, 4 ½ ou 6 pièces. Bien que simples, elles possèdent toutefois une belle allure et une personnalité distincte, surtout lorsqu’elles sont alignées ensemble, côte à côte sur de grands bouts de rues.

Plan type, 1949 (Société centrale d’hypothèque et logement – SCHL)
Les maisons « wartime » se ressemblent d’un quartier à l’autre de Montréal, surtout du point de vue de la forme. Toutefois celles de Verdun ont la particularité d’arborer très majoritairement la brique rouge traditionnelle, bien que l’on en retrouve quelques-unes avec des revêtements de clin de bois, plus fréquent dans certains autres quartiers.

Exemple typique de la « wartime » de Verdun (photo Marcel Barthe, 2025)

Version minoritaire en clin de bois (photo Marcel Barthe, 2025)

Bel ensemble de maisons « des vétérans » alignées dans le quartier Crawford-Desmarchais (photo Marcel Barthe, 2025)
La valeur patrimoniale de ces maisons
Pourquoi ces maisons sont-elles, et doivent-elles, être considérées comme ayant une valeur patrimoniale, alors que la compréhension généralisée chez les citoyens, considère comme « patrimonial » les grands ensembles institutionnels, comme les églises et les grands bâtiments historiques, dits prestigieux (voir ma première chronique dans Explore Verdun IDS de mars 2024 De Marguerite Bourgeoys à Dan Hanganu).
Parce que le « petit patrimoine », le « patrimoine modeste », ou encore, le « patrimoine de proximité » mérite qu’on s’y attarde. Ces maisons représentent une époque significative de la vie de notre collectivité. Elles témoignent d’une histoire (la petite) importante et ont répondu à un besoin et à une fonction précise, témoins d’un passé que l’on doit conserver en mémoire.
Aujourd’hui, ces maisons sont très prisées pour leur cachet historique et les grands terrains gazonnés qui les entourent, contrastant avec la densité urbaine habituelle de la métropole.
Propriétaires d’une maison « wartime »
Un mélange de fierté, de compréhension et de responsabilités anime généralement les propriétaires d’une maison « des vétérans ». Mais les besoins ont évolué. La vie moderne exige l’ajout d’espace habitable. Effectuer de légitimes rénovations contemporaines tout en cherchant à préserver cette silhouette archétypale et en respectant la place de ces bâtiments dans notre mémoire collective constitue à la fois un défi et une belle aventure. Des municipalités et arrondissements, comme Verdun, encadrent et accompagnent les initiatives de rénovations et d’agrandissements des propriétaires. Certains guides existent pour faciliter la démarche de rénovation.
Voici des liens utiles pour en apprendre plus sur les avenues recommandées pour réaliser une rénovation, restauration réussie.
La maison « wartime », un joyau de notre patrimoine modeste à préserver.


