Texte Marek Zielinski
Recherche Luz Garcia de Zielinski
Photos : Jacques Northon
On déplore souvent l’absence de grands projets sociétaux aujourd’hui, ceux qui rassemblent, qui donnent un sentiment d’appartenance. C’est probablement vrai, mais peut-être que leur temps est passé. Ils ne sont plus utiles, car trop abstraits, trop grands ou ambitieux. Par contre, à l’échelle réduite, qu’on peut qualifier d’humaine, des projets rassembleurs abondent. Ils impliquent des communautés, et leurs impacts est facilement observable.

Nous sommes attablés justement dans un café qui a cette vocation communautaire. En face de nous, Manuel Perrier, un fier Breton résidant au Québec depuis plus de 15 ans, dont dix à Verdun. Il est chaleureux et accueillant, comme le café qu’il a lancé il y a peu sur la Well, au 5200 plus précisément. Le nom, Café jardin, porte en soi toute une promesse. « Les gens viennent se ressourcer ici. C’est un havre de paix. Il y a des plantes, il y a des enfants. Il y a de la bonne musique. Pour nous, c’est quand tu t’en vas t’asseoir dans un jardin » – précise Manu, avec une fierté palpable.
Comme chez soi
Ce café, c’est comme la maison, mais chaque jour, on a 100 invités à boire et à manger. Rien qu’en regardant autour de nous, on constate une clientèle diversifiée : un jeune homme en parfaite symbiose avec son laptop; deux amies en pleine conversation animée; une maman avec son enfant (il y a un espace de jeux pour les petits). Le concept englobe même une autosuffisance alimentaire, dans la mesure du possible.

Aujourd’hui, environ 10 % des aliments viennent du potager que Manu et sa femme Karine cultivent dans l’arrière-boutique. L’objectif est d’arriver à combler autant que possible les besoins du café en aliments produits sur place. Le jardin dans le nom n’est pas un mot creux, mais bien une promesse faite au public. L’établissement sert de la nourriture végétarienne et végane. Le pain provient de la boulangerie Toledo, la bière d’une micro-brasserie Messorem, qui s’est bâti une solide réputation grâce à la qualité de ses produits. Le Café jardin a le permis d’alcool, et Manu se fera une joie de vous concocter un cocktail de votre choix. Les jeudis et vendredis, une soirée de 5 à 8 propose justement une dégustation de cocktails. Les jeudis, les jeux de société sont en honneur, et les vendredis, des DJ viennent tourner leurs vinyles dans une ambiance familiale, où même les enfants trouvent leur place.
Avec un petit coup de main des amis
Les métiers de la restauration, Manu les connaît tous : il a été serveur, barman, busboy, gérant, cuisinier, plongeur. Il a affronté et relevé tous les défis et surmonté tous les obstacles. Son objectif de quasi autosuffisance requiert plusieurs permis de l’arrondissement. « Pour aller un peu plus loin dans le concept de jardin vraiment concret, d’avoir un vrai potager, j’espère avoir le permis pour avoir ça au bout de la terrasse » – souligne Manu. « Mais on a déjà, à l’intérieur, des choses qui poussent, qui se retrouvent dans les assiettes : les oignons verts, les micro-pouces et l’été, peut-être des fines herbes, des tomates, des concombres ».
Un petit coup de main de la part de l’arrondissement serait le bienvenu : une procédure plus rapide et des coûts plus raisonnables, notamment en ce qui concerne l’installation d’une enseigne, qui frôle les mille dollars. Ces cafés du quartier, ce sont des emplois pour les locaux (Manu dirige une équipe qui peut aller jusqu’à 10 employés). Au-delà des considérations économiques, ces endroits créent de la cohésion sociale; elles offrent un cadre pour des rencontres et échanges.
Dans peu de son temps libre, Manu est un papa gâteau pour Laura, sa fille de douze ans, et, dans deux-trois semaines, pour un bébé qui deviendra, nous en sommes sûrs, la mascotte du Café jardin. En ces jours glaciaux, venez faire le plein de chaleur humaine chez Manu et Karine. Il n’y rien de mieux qu’un café ou chocolat chaud entre les mains et une partie de Scrabble entre amis.


