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Jeudi, 13 juin 2024

Reinaldo Monque – Le français est ma boussole

Texte et photo de Sebastián Krieger
Traduction de Juliana Zerda

À l’école de l’Île des Sœurs, tous les enfants savent qui est Reinaldo.
Mais le plus important est qu’il sait aussi qui est chacun d’eux.

Sa langue maternelle est l’espagnol. Mais le français a été son guide tout au long de sa vie. Il est né en 1955 à Caracas, la capitale du Venezuela et grâce au fait que sa mère était professeure au Lycée français de Caracas, il a eu l’occasion d’apprendre le subjonctif, l’indicatif et la conjugaison des verbes les plus irréguliers, ainsi que développer une prononciation enviable. Après avoir obtenu son diplôme, il a étudié la chimie à l’Université centrale du Venezuela. Et grâce à son français parfait, il obtient une bourse d’études pour faire une maîtrise et un doctorat en sciences pétrolières à l’Université Pierre-et-Marie-Curie Paris VI (aujourd’hui Sorbonne Université). De retour à son pays, il intègre l’élite intellectuelle et efficace de la compagnie pétrolière d’État et travaille pendant 16 ans. Cependant, en raison de changements politiques hors de son contrôle, il a dû chercher de nouveaux horizons.

Reinaldo connaît prénom et nom de tous les enfants de l’école !
Et là encore, la langue française lui a montré la voie. Il a débarqué à Montréal en 2011 avec sa femme et ses trois filles. À la recherche d'un endroit pour reconstruire son paradis perdu au Venezuela, il tombe amoureux de la nature de l'île des Sœurs et s'installe sans hésiter. Il a ouvert son cabinet de conseil indépendant en gestion de projets d'extraction pétrolière qui l’amène à habiter à Bogota en Colombie, mais il a préféré retourner sur son île bien-aimée, dont il ne souhaite plus partir.

Parallèlement à son travail comme consultant, il obtient un emploi à l’école de l’Île des Sœurs, car il possède un don exceptionnel : sa mémoire prodigieuse. Reinaldo connaît non seulement le prénom et le nom de tous les enfants de l’école, mais aussi leur classe. De plus, en quelques secondes, il est capable de reconnaître leurs parents parmi la foule qui se presse chaque jour à la porte du service de garde. “C’est juste mon travail”, reconnaît-il avec humilité et sourire. Car ce travail à la porte du service de garde n’exige rien de moins que la haute responsabilité de remettre chaque enfant seul à ses parents respectifs. Il avoue avoir encore quelques difficultés à apprendre les noms dans des langues qui ne ressemblent pas beaucoup à celles qu’il maîtrise (qui sont l’anglais, l’espagnol et bien sûr le français). C’est pourquoi il apprend le japonais et s’il réussit un jour, il poursuivra sûrement les cours d’arabe.

« Des consignes pour survivre au froid, à la neige et à la glace… »

Se sentir et être « utile » est le moteur qui le motive. Aujourd’hui, il conseille par exemple des petites et moyennes entreprises. Il fait aussi de l’artisanat, vends de paellas, est sauveteur à la Paroisse Ste Marguerite Bourgeoys de l’île des Sœurs et s’il ne fait pas quelque chose, il l’invente. Par exemple, mardi dernier, il a donné un atelier à la Maison d’Accueil des Nouveaux Arrivants-Île-des Sœurs MANA pour les immigrants nouvellement arrivés intitulé « Des consignes pour survivre au froid, à la neige et à la glace ». En d’autres termes, il est toujours à la recherche de nouvelles choses à apprendre et à faire, car sa grande peur est « enquilosarse »,un mot vénézuélien qui n’a aucune traduction en français ni dans aucune autre langue, même l’Académie royale espagnole ne l’acceptera pas comme mot officiel, mais voici un indice : Reinaldo ne perdra jamais son mouvement.

* * *

Reinaldo Monque: French is my compass

At the Ile des Sœurs School,
all the children know who Reinaldo is.
But the most important thing is that he also knows who each of them is.

Text and photo by Sebastián Krieger
Translation by Juliana Zerda

Reinaldo Monque

His mother tongue is Spanish. But French has guided his whole life. He was born in 55 in the Venezuelan capital and thanks to the fact that his mother was a teacher at the French School of Caracas, he had the opportunity to learn the subjunctive, the indicative and the conjugation of the most irregular verbs, as well as an enviable pronunciation. After graduating, he studied chemistry at the Central University of Venezuela. And thanks of his perfect French, he obtained a scholarship with which he traveled to France to do a master’s degree and a doctorate in petroleum sciences at the Université Pierre-et-Marie-Curie Paris VI (today Sorbonne University). Back in his country, for 16 years he was part of the efficient intellectual elite of the state oil company. However, due to political changes beyond his reach, he had to look for new horizons.

And again, the French language showed him the way. He landed in Montreal in 2011 with his wife and his three daughters, he adores. In search of a place to rebuild his lost paradise in Venezuela, he fell in love with the nature of Ile des Sœurs and settled down without a second thought. He opened his independent consultancy in management of oil extraction projects, and because of it he lived a few short years in Bogota. But he preferred to return to his beloved island, from which he no longer wishes to leave.

In parallel to his consultancies, he got a job at the Ile des Sœurs School, because he has an exceptional gift: a prodigious memory. Reinaldo knows not only the first and last names of all the children in the school, but also their grade. Additionally, in a matter of seconds, he is able to recognize their parents among the crowd that gathers every day at the door of the service de garde. “It’s just my job,” he acknowledges with humility and a smile. For this job at the door of the service de garde demands nothing less than the lofty responsibility of delivering each child alone to their respective parents. He admits that he still has some difficulty in learning the names in languages that are not very similar to the ones he masters (which are English, Spanish and of course French). That is why he is learning Japanese and if he succeeds one day, he will surely continue with Arabic classes.

Feeling and being “useful” is the driving force that motivates him. Now, for example, he advises small and medium industry projects to obtain official support. He also makes handicrafts, has a business venture of paellas, is a lifeguard at the Paroisse Ste Marguerite Bourgeoys Ile des Sœurs and if he is not doing something, he makes it up. On Tuesday of this week, for example, he gave a workshop at Maison d’Accueil des Nouveaux Arrivants- Île-des Sœurs MANA for newly arrived immigrants entitled “Des consignes pour survivre au froid, à la neige et à la glace”. In other words, he’s always looking for what new to learn and do because his great fear is “enquilosarse”, a Venezuelan word that has no translation into French nor any other language. Even the Royal Spanish Academy won’t accept it as an official word, but here is a clue: Reinaldo will never lose his movement.

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