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Montréal
Dimanche, 14 juillet 2024

Le temps des sucres

Un billet de Jean-Guy Marceau

Il faut que je me conditionne tranquillement. J’irai à la cabane. Dès que mars pointe son nez et que le soleil commence à faire de l’overtime, je sens l’appel du sucre, de l’oreille de crisse et des œufs dans le sirop d’érable. Ouf ! Comme chaque année, une tradition incontournable, un mal nécessaire, une sortie familiale, la célébration du printemps.

Mais qu’est-ce qu’on a tous à se lancer dans cette aventure de haute gastronomie ? D’abord, les vraies cabanes comme dans l’ancien temps, ça n’existe plus, la petite maison en bois rond, un peu croche qui ressemble tant à celle que dessinent les peintres du dimanche, c’est fini. Les cabanes d’aujourd’hui longent souvent les autoroutes, postées à deux pas de la civilisation. Si vous n’allez pas à la cabane, elle ira à vous, c’est sûr. Ce sont des mégas cafétérias, en préfini, sans âme et d’une laideur sans nom.

Mars 2022, j’étais dans l’ouest de l’île, près de Saint-Eustache, dressé devant la cabane, deux ou trois petits érables chétifs (peut-être en préfini eux aussi), font la garde entre l’entrée principale en pavé uni et le vaste stationnement envahi des dizaines d’autocars dédiés aux aînés. Des chaudières brillantes sont accrochées aux murs extérieurs, ça fait rustique, surtout en banlieue. Tout près, au bout du stationnement, une table en contre-plaqué est couverte d’une neige douteuse. Quelques bouts de bois, style popsicle, servent à recueillir des filets de tire dorée.

À l’intérieur, deux ou trois salles à manger, aussi sombres que bruyantes, sont disponibles pour les affamés. On se prépare à offrir aux pancréas les plus tenaces, un festin calorique absolument complet. Une musique disco des années 70-80 tient lieu de bruit de fond, tandis qu’une serveuse qui n’a plus vingt ans depuis longtemps monte avec enthousiasme la table. Elle lance fièrement, le groupe Trudeau c’est votre tour. Mets traditionnels: Omelettes, jambon, fèves au lard, oreilles de crisse, patates bouillies et pain de ménage sont en vedette.

Un, deux, trois, go… le marathon débute en même temps que l’inévitable I Will Survive. On se demande effectivement si l’on va survivre à cette orgie de calories. L’omelette baigne dans le sirop avec les saucisses et les binnes… alouette, gentille alouette. La vie est belle et sucrée, vive la tradition. Demain la diète, c’est certain, aujourd’hui mon Gérard, profites-en!

…sorti directement d’un épisode des Filles de Caleb.

Au moment où vous êtes convaincus que plus rien ne peut passer… arrivent les desserts : pets de sœur, grands-pères dégoulinants et affolantes tartes au sucre d’érable… 723 calories par bouchée, vive la tradition ! Une heure s’est écoulée, le ventre plein, le foie engorgé, on sort péniblement de la table, en se promettant que c’est la dernière fois. N’écoutant que notre courage, on se traîne péniblement à l’extérieur où nous attend la tire d’érable… That’s the Way…. I Like It… Dernier calvaire, poussé, comme par un vertige, on s’avance vers la tire, comme un condamné à mort. Juste une petite liche pour faire passer le graillon. On voudrait bien prendre une marche, mais il pleut un peu. Un cheval attelé à une voiturette, il sort directement d’un épisode des Filles de Caleb, il nous regarde un peu découragé. Repus et alourdis, on passe le restant de l’après-midi à chercher son air et ses Rolaids. Une bouteille d’eau de source à la main, on boit à la tradition.

Ça va être moins compliqué cette année. Ce sera sur la Well que ça va se passer. Cabane et Panache du 23 au 26 mars 2023. Ici, on fait pas semblant ; la cabane est en ville mon ami !

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