Luz Garcia et Marek Zielinski

 

Ce soir, j’ai envie de faire un voyage dans ma mémoire. On n’ira pas très loin, à peine deux décennies de recul et… on restera à Verdun.

Pour la durée d’une longue fin de semaine, du mercredi au dimanche, au début de l’été 1999, Verdun était le centre du monde. Ni Paris, ni Londres, ni New York ni aucune autre ville ne pouvait prétendre à ce titre durant ces 5 jours. Eh oui, je vous assure que c’est vrai : notre Verdun a été le centre du monde… des cerfs-volants ! Cet univers s’est avéré être un vrai microcosme avec ses rituels, ses lois, ses drames, ses stars (nous en reparlerons plus tard), ses couleurs, son langage.

Image-festival-cerf-volant-1999

Pour une fois, les Brises du fleuve – alors reconnues pour s’attaquer à nos coiffures et nous mettre de la poussière plein les yeux -, ont trouvé une vocation plus noble. Des centaines de cerfs-volants de toutes formes et couleurs ont pu s’envoler au-dessus de nos têtes, portés par leur allié le plus fidèle : le vent. Et le spectacle a été grandiose ! Grandiose et rassembleur – certains jours, près de 100 000 visiteurs ont envahi joyeusement le site. Le Parc Arthur-Therrien, spécialement adapté, a pris les allures d’une fête foraine avec ses kiosques et ses estrades.

Je n’ai rien raté de la fête. De 1993 à 1999 – avec une pause en 1998 -, j’y allais comme un enfant va chez le marchand des glaces, les yeux grands ouverts, la bouche aussi souvent. Quoi de si excitant, me diriez-vous, que de regarder les bouts de chiffon attachés aux tiges en bois ou en plastique, flotter mollement dans l’air. Mais ces bouts de chiffon avaient parfois plusieurs mètres carrés d’envergure, des formes inusitées (insectes, personnages de la culture populaire, animaux), et étaient dirigés par les mains parmi les plus expertes de la planète ! La rencontre a été réellement internationale, avec des équipes venant de l’Europe (Suisse, France, Pays-Bas, Allemagne), de l’Inde (un pays avec une tradition millénaire dans ce domaine), des États-Unis et l’Australie lointaine.

Parmi eux, une silhouette s’est distinguée par son apparence d’abord (un large chapeau en cuir à la Indiana Jones) puis par la qualité et l’originalité de ses créations : Michael Alvarez, un Australien originaire de Mumbai, en Inde. Aujourd’hui encore, il parcourt le monde pour partager sa passion et initier les jeunes à son art. Trompé par son nom, je me suis adressé à lui en espagnol, à quoi il a répondu avec les yeux écarquillés, m’informant en anglais et en riant qu’il n’avait rien à voir avec les Latinos malgré le nom qu’il porte. Nous avons eu un court échange durant lequel il maniait habilement un objet volant identifié dans l’air, m’expliquant que la vraie maîtrise venait de l’intuition, de la capacité à prédire les mouvements du vent. Et puis, il s’est « envolé », emporté par une bourrasque (figurativement parlant, bien évidemment) !

Je suis si chanceux d’avoir assisté à cette fête et je souhaiterais que tous ceux qui n’ont pas eu ce bonheur puissent au moins en voir des images. Ce festival constitue une belle page dans l’histoire de Verdun, il a été l’un des jalons qui lui a permis de devenir ce qu’il est aujourd’hui, un endroit vibrant, plein de vitalité et avec un cachet inimitable.