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Montréal
Samedi, 20 avril 2024

La résolution

Un billet de Jean-Guy Marceau

Il reste bien sage à la maison avec son chien Boule, un paillasson poussiéreux, comme il se plait à le décrire – son meilleur ami. Pourtant, le temps nous invite à sortir, il fait beau et Verdun dort encore sous quelques centimètres de neige plus ou moins blanche…

Dehors, quelques coureurs portent leurs nouveaux vêtements reçus à Noël, et dans une course contre la montre, contre la COVID aussi, peut-être, ils s’en donnent à cœur joie. Depuis sa fenêtre Jacques observe aussi le temps qui passe au ralenti.

Les dernières nouvelles ne sont guère encourageantes. Plusieurs personnes de son entourage sont malades et lui, tel un soldat intouchable, caché dans sa tranchée, il attend.  Après s’être offert quelques séries sur Netflix, Jacques se donne, comme à tous les ans, la mission de remplir sa liste de résolutions pour le Nouvel An. Entre temps, il doit y réfléchir. Ça peut durer jusqu’au roi, cette réflexion…

Il habite sur De Verdun à deux pas du métro du même nom. Il se décide enfin de prendre une bonne douche et de sortir aussitôt. Boule n’en croit pas ses yeux, son maître frais rasé et habillé en propre, se prépare à faire une grande balade.

Vive l’hiver, songe Paillasson. Il est treize heures et, le soleil à peine couvert, pousse les consommateurs verdunois à revivre un troisième boxing day. Plus de monde que prévu s’élance à la course aux aubaines. C’est très inspirant, même masqué, de magasiner quand il fait beau.

À part l’achat de la bouffe diète pour Boule, Jacques n’est pas trop partant pour se mettre en contact avec le monde, il pense que le virus de la consommation est proche parent du coronavirus. La prudence avant tout. Jacques est aussi prudent que paresseux. Après une demi-heure de marche, ils prennent le chemin du retour, ils attaquent Rielle à -8 C, jusqu’à Champlain, à la grande désolation de son meilleur ami qui commence à trouver son maître un peu trop pépère. Mais comment lui dire ? Boule est convaincu que le bonheur est dans l’action et que Jacques devrait bouger plus. Sans trop y réfléchir, il donne un coup sur sa laisse et se détache la main de son maître qui, surpris, se met à courir vers lui en criant :  ‘‘Boulle, mon petit maudit’’. Court instant de bonheur pour le chien, puisque Jacques, essoufflé, le rattrape sans trop de mal. Quelques réprimandes sévères, suivies d’un retour à la maison qui se fait dans le silence. Boule, les oreilles molles, croise Mikette, la chienne de la voisine Suzanne – il n’en fait aucun cas cette fois-ci, de crainte de se faire chicaner à nouveau par son maître. C’est le temps des fêtes après tout, on a le droit de courir un peu, ça fait du bien, songe le quadrupède aux poils mouillé.

Ils reviennent s’installer bien au chaud dans le petit condo et chacun garde sa position. Pas question de câlins, pas question de liche-liche ; Jacques se prépare un café et offre de l’eau fraîche à son chien… sans le regarder. Il s’installe au petit secrétaire, comme on s’installe au piano, et sort une feuille de papier bleuté. Des résolutions, il faut écrire cela à la main. C’est du sérieux, et puis les écrits restent. À l’ordi, on peut effacer, oublier et même perdre volontairement ou non les documents. Par quoi commencer ? Pendant qu’il réfléchit à la chose, Boule vient poser sa grosse tête noire sur le pied gauche de son maître.

Attendri, Jacques commence par : marcher avec Boule, une heure tous les jours.

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