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Mercredi, 21 février 2024

Journée internationale de la langue maternelle

Par Marek Zielinski
Recherche de Luz Garcia de Zielinski

Ce 21 février, nous avons fêté à notre insu, probablement, la Journée internationale de la langue maternelle, proclamée par l’ONU en novembre 1999, à l’aube du nouveau millénaire. La date choisie commémore cinq étudiants du Bangladesh qui ont donné leur vie pour la reconnaissance de Bangla comme la langue officielle de leur pays.

De la diversité comme punition divine

Longtemps, le rêve d’une langue universelle a habité les hommes. Certains ont même créé cette langue, notamment sous le nom si inspirant de l’Esperanto, mis au point par un Polonais, le professeur Zamenhof – né à Bialystok, ville d’à peine 30 000 habitants -, et avec quatre langues officielles : polonais, russe, allemand et yiddish. On comprend aisément son envie d’une langue universelle ! Au-delà de l’anecdote, ce désir a toujours existé, et la tour Babel en est l’exemple parfait : une langue unique pour tous, gage de l’harmonie et de l’unité. Puis, la colère divine frappe et brouille cette langue universelle, créant chaos et confusion qui sont devenus proverbiales. 

« Dès mon enfance, j’étais hanté par le sentiment que la diversité des langues séparait, fâcheusement, les hommes. »

Louis-Lazare Zamenhof, Doktoro Esperanto, « le docteur qui espère ».

La tour Babel et son contraire

Aujourd’hui, on préconise la diversité, l’inclusion, et les langues… ceux-ci sont un merveilleux outil pour atteindre cet objectif. Malgré ce changement, 40 % des habitants de la terre n’ont pas encore accès à l’enseignement dans leur langue. On recense près de 6700 langues dans le monde, dont près de la moitié sont menacées de disparition. Le simple fait qu’il en existe encore autant est miraculeux, après des siècles de répression, des luttes et des guerres. Pourquoi un tel acharnement ? La langue… n’est pas juste un moyen de communication. Toute la mémoire d’un peuple s’y déploie, et sans cette mémoire, un peuple, une nation n’est qu’un attroupement. Nous l’avons bien compris ici, au Québec, qui, tel un village Gaulois, a su résister aux assauts de l’empire voisin !

Renaître dans sa langue

Le défi actuel est de reconnaître ce même droit à l’usage de leur langue aux autres habitants de la province. Le magnifique concert de l’artiste autochtone Natasha Kanapé, au Quai 5160, a prouvé qu’il n’est pas nécessaire de naître dans une langue pour la considérer comme maternelle. Par contre, le retour vers ses racines n’est possible qu’à travers elle. C’est comme renaître encore. 

Langue maternelle – pour ceux qui ont eu la chance d’y naître – ce sont les choses, émotions, sentiments, idées nommées pour la première fois. C’est simultanément un espace, vaste et incommensurable, d’une identité commune, et le plus intime, celui qui n’appartient qu’à nous. Ce sont les balbutiements de bébé, les mots inventés, les codes secrets qui ne peuvent naître que dans l’enfance. La langue maternelle est un pays, sans frontières, immensément vaste qu’on peut pourtant contenir dans ses bras. 

Selon le magazine Depuis 1887, les «espérantistes» tentent de promouvoir le langage universel créé par Ludwik Zamenhof (1859-1917). Source Rue des Archives (Archives du Figaro)

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