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Samedi, 20 avril 2024

Débat: Explorer sa bienveillance

Une opinion de Marek Zielinski

L’art du débat s’est perdu en plus ou moins deux années… L’escalade rapide de tensions liées aux restrictions sanitaires n’est qu’un aboutissement du manque de concertation entre les instances du gouvernement et la population. Le résultat : nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation qui se polarise et qui n’exclut pas le recours à une loi spéciale et controversée. Quel dommage et quelle tâche sombrent sur la réputation du Canada comme le pays du dialogue.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Par manque de confiance au jugement des gens, par crainte que la complexité du problème les dépasse, par un excès de zèle peut-être, une envie de bien faire saupoudrée d’un zeste de paternalisme. Il y a tout ça, mais surtout, et j’exprime ici une opinion qui n’engage que moi, il y a l’absence du débat, de ce formidable outil de gouvernance qui s’est égaré quelque part en cours de route. Le monde est compliqué, complexe, constamment changeant, déroutant même. La tentation de simplifier est grande, mais ne mène jamais nulle part. Remplacer le raisonnement, la logique, le simple bon sens par des slogans, qui sont par définition réducteurs, appauvrit et exclut dans les faits le débat. Les slogans n’ont qu’une seule et unique fonction : mobiliser les énergies dans les situations extrêmes, durant les guerres. C’est un cri de guerre! Il est le prélude à la confrontation, à la bataille – et personne ne veut pas de ça!

La pandémie a apporté son lot de situations inédites, sans le mode d’emploi ou des instructions. Il fallait improviser, faire de choix rapides. C’était la crise, et la crise vient du mot grec qui désigne le moment de faire des choix, et chaque choix peut être soumis à la critique, à l’appréciation de ceux qui doivent en subir les conséquences. Ce dialogue, cet échange n’a pas eu lieu malheureusement. Trop d’autoritarisme, pas assez de confiance, pas assez de bienveillance peut-être. Je fais ici référence au titre de ce texte et qui m’a été suggéré par notre rédacteur en chef Yves D’Avignon (merci Yves!). Un titre formidable qui décrit bien le mécanisme de toute communication réussie : chercher en soi ce fond de bienveillance pour l’autre; reconnaître ce qui nous est commun, qui nous unit.

On ne peut que déplorer le rôle de média qui n’a pas su servir de courroie de transmission entre les pouvoirs et la population ni de tribune pour présenter les opinions souvent divergentes, mais tout aussi valides. Venant d’un pays totalitaire, je sais détecter de la propagande quand j’en vois une : l’uniformité de points de vue présentés, le martèlement, la répétition, le dénigrement de toute contestation.

Nous sommes passés à travers une de plus grandes crises de l’histoire moderne. Deux années de privations, de limitations, de renoncement à nos libertés et à notre qualité de vie. Pour certains, le coût a été très élevé. Il serait dommage, au moment où la pandémie est en recul, de nous déchirer et diviser. Le monde post-pandémique a besoin du contraire, et nous sommes capables de la plus grande bienveillance les uns envers les autres.

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