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Samedi, 22 juin 2024

Airbnb – Quand l’occasionnel devient permanent

Il aura fallu un incendie mortel dans le Vieux-Montréal pour ramener à l’avant-plan tout le phénomène de la location touristique à court terme et ses abus de toutes sortes. Flavie Tremblay, victime collatérale de Airbnb, nous a contactés pour dénoncer le bruit et le va-et-vient incessant de ses voisins de passage dans un environnement jadis paisible. 

Texte Pierre Lussier

Sans faire le tour du monde, la Verdunoise Flavie Tremblay a pris son bâton de pèlerin pour sensibiliser les gens de la rue Beatty au phénomène de la location touristique de type Airbnb. Résidente de Verdun depuis 2005, Flavie Tremblay nous a fait part des désagréments qui découlent de la proximité d’une telle entreprise, et de la présence de fêtards — notamment dans un spa — à une heure du matin.

La plaignante affirme même avoir fait sa chambre dans une autre pièce de la maison pour se soustraire au bruit.

Cette citoyenne de la rue Beatty a d’abord abordé la question avec la conseillère d’arrondissement Kaïla Munro et son assistante Julie Lamontagne, puis avec les inspecteurs Anthony Villeneuve, Luc Picard et Ève Laperrière, de Verdun. Son plaidoyer a rejoint la mairesse Mauger qui n’était pas sans connaître les récriminations de plusieurs arrondissements montréalais. En pleine crise du logement, des élus municipaux se plaignent de la perte de logements réquisitionnés par leurs proprios pour héberger des touristes.

À Verdun, on avait connu les gîtes et les bed & breakfast et l’on s’entendait comme Flavie Tremblay avec sa voisine Mireille Lauzon et son « lit et petit déjeuner » Le Terra Nostra. C’était avant l’arrivée d’Airbnb qui a tout d’un coup inscrit des adresses verdunoises sur l’offre globale aux quatre coins de la planète…

S’adapter

Depuis le 1er mai 2020, Québec exigeait tout de même une attestation de classification des locateurs délivrée par la Corporation de l’industrie touristique du Québec (CITQ). Cette exigence permet à Revenu Québec de percevoir des impôts sur les bénéfices et de tenir un inventaire — hélas très restreint — de l’avis des plaignants, sur les activités des locateurs.

Qu’importe dans le cas qui nous occupe, c’est après vérification de la division des permis et inspections de l’arrondissement de Verdun qu’on nous a assurés que le permis du 277 Beatty était valide.

Feu vert à l’hébergement touristique ?

Le dossier Airbnb a évolué rapidement après l’incendie dans le Vieux-Montréal, en mars dernier. L’opinion publique a vite compris qu’il fallait mettre de l’ordre dans la jungle des locations aux touristes, aussi la ministre Proulx est intervenue à la demande des villes.  

Avec l’adoption du projet de loi 67 à l’Assemblée nationale au printemps, les obstacles à la location touristique à court terme (moins de 31 jours) sont tombés, lorsqu’un logement, une partie de logement ou un appartement d’une résidence principale est mis en location de temps en temps par ses occupants. Le mot « occasionnel » prend ici toute son importance, car il ne s’agit pas de chambreurs présents à l’année. De plus, on ne sert pas à manger sur place. On ne doit même pas servir à manger sur place. On se doit, comme Flavie Tremblay, de se questionner sur l’élasticité du mot occasionnel alors que les locataires se succèdent à un rythme régulier, mois après mois. 

En marge de la nouvelle loi provinciale et du règlement verdunois (40,03), Flavie Tremblay s’interroge : « nos voisins propriétaires du 277 Beatty depuis 2018 ont-ils loué de façon illégale leur maison en 2018, 2020 et lors de la période d’avril 2023 à juin 2023, soit avant que l’arrondissement de Verdun n’autorise la location d’une résidence principale ? ».

Le règlement municipal (40,03) complète et précise certains aspects de la loi provinciale sans la contredire bien sûr. Ainsi, le logement doit être la résidence principale de la personne qui l’offre en location, et celui-ci doit être offert par une personne physique.

La cheville ouvrière du système Airbnb, c’est le numérique et la diffusion sur les réseaux sociaux, car sans publicité, personne dans ce vaste monde ne saurait qu’il y a une chambre disponible en location touristique sur la rue Beatty, la rue Willibrord ou ailleurs à Verdun, au Canada. 

Isabelle Ducas rappelait récemment dans La Presse « que des centaines d’appartements sont toujours offerts sur la plateforme Airbnb dans des secteurs où ils sont pourtant interdits ». Zonage industriel ou commercial, faux numéros d’enregistrement par des gens d’affaires qui n’habitent pas sur place, tout y passe.

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Dans une prochaine édition, nous aborderons les moyens mis en œuvre par les arrondissements montréalais pour débusquer les contrevenants tout en confrontant les opinions favorables et défavorables à cette nouvelle « économie collaborative ».

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