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Samedi, 22 juin 2024

Airbnb: des pratiques sans frontières qui dérangent (2)

Louer son logement pour quelques nuitées à des touristes venus d’Europe ou d’Asie qui visitent Montréal, devient une source de revenus de plus en plus attrayante pour des résidents propriétaires. C’est aussi le signe de l’émergence d’une nouvelle économie avec son cortège de problèmes, constatent des observateurs. 

Texte Pierre Lussier

Nos voisins américains ont le don de créer des services censés réduire les coûts et accroître l’efficacité, des services tel UBER qui a chamboulé l’industrie du taxi au Québec, ou l’application Kijiji qui a pratiquement mis au rancart les petites annonces des journaux. Sans oublier la plateforme Airbnb qui transforme nos quartiers résidentiels en Tourist Rooms. 

Le professeur Jonathan Durand-Folco rapportait dans Le Devoir du 27 février 2016. 

« L’émergence d’une nouvelle « économie collaborative »… commence déjà à modifier le paysage du marché du travail, des habitudes de consommation et des formes de coopération sociale. »

Impuissance des villes

Naïvement, des villes comme Montréal, Toronto, Barcelone ou Paris ont vu apparaître ces nouveaux services structurés avec le développement du numérique. La valse des valises a pris d’assaut certains quartiers résidentiels et le monde municipal impuissant, cherche les moyens de mettre un peu d’ordre dans cette jungle où chacun fait à sa guise.

Récemment, un article de La Presse+ affirmait : « Des centaines d’appartements sont toujours offerts sur la plateforme Airbnb dans des secteurs où ils sont pourtant interdits ». Avant l’adoption d’une nouvelle loi provinciale en juin dernier, les entrepreneurs n’avaient qu’à enregistrer leur résidence à la Corporation de l’industrie touristique (CITQ) qui en informait Revenu Québec, dont le seul objectif est de percevoir des impôts et non d’évaluer l’hébergement et le voisinage. Dans ce contexte, des promoteurs ont fait usage de faux numéros d’enregistrement en ne respectant pas la réglementation municipale et en se disant que les inspecteurs municipaux rarissimes ne savent plus où donner de la tête.

Flavie Tremblay

Verdun aura-il son escouade pour débusquer les illégaux ?

Profitant de la haute saison touristique, le maire de l’arrondissement du Plateau Mont-Royal, Luc Rabouin, a annoncé la création d’une escouade regroupant les arrondissements du Plateau, de Ville-Marie et du Sud-Ouest pour appliquer la loi provinciale et les règlements municipaux. On parle ici de trois inspecteurs pour un territoire aussi vaste, c’est peu. Paris, dont la population est trois fois plus considérable que Montréal, vit les mêmes problèmes et a embauché 40 inspecteurs

À l’arrondissement de Verdun, on a posé la question concernant l’embauche éventuelle d’inspecteurs : « Verdun a également l’intention de le faire. Cependant, pour le moment il s’agit d’un projet pilote qui concerne les trois arrondissements les plus problématiques en termes de Airbnb », nous a-t-on répondu en l’absence des élus pendant cette période estivale.

Flavie Tremblay poursuit sa croisade

La jeune femme que nous avons croisé la semaine dernière dans ces pages, Flavie Tremblay, se demande si elle ne devrait pas créer une association pour  renforcer sa démarche.  

Rappelant qu’on peut offrir uniquement sa résidence principale en location touristique, et ce de temps en temps pour des périodes de 31 jours et moins, Flavie s’interroge sur l’absence du locateur pendant plus de cinq mois qui, visiblement, ne réside pas sur place et qui loue à un groupe de stagiaires du 7 avril au 11 juin. La requérante souhaite aller en médiation et veut en discuter avec ses voisins.

Le CACV n’a pas fini d’en découdre

Lyndsay O’Donnell, intervenante sociale et organisatrice communautaire au Comité d’action des citoyen.nes.s de Verdun (CACV) a été très claire là-dessus : « nous soutenons le règlement de l’arrondissement qui interdit d’évincer un locataire pour changement d’affectation de logements en hébergement touristique/location courte durée », souhaitant du même coup que la municipalité aille plus loin. Oui, le CACV a des problèmes avec Airbnb, à plus forte raison en pleine crise du logement alors que Airbnb, Booking ou Expedia monopolisent le peu d’unités disponibles.

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