Un billet de Jean-Guy Marceau
Une illustration de Lou Drouin

 

Une neige fraîchement tombée qui, comme cette foutue pandémie, ne restera pas. On oubliera vite cet incident. Une fausse trace d’un hiver installé, imposé.

 

Aujourd’hui, un peu plus gai, mon bord de l’eau s’est paré d’une blancheur poudrée. De ma fenêtre, j’entrevois un gros chien, presque jaune, qui traîne sa frêle maîtresse dans la neige folle du parc. Elle semble dépassée et impuissante face à l’enthousiasme et la jeunesse de son gros toutou adoré. 1-0 pour le Golden, je dirais.

 

Un peu plus loin, près du Natatorium, un coureur tout aussi anonyme que son costume vert fluo, fait face à la neige et accepte son défi. Il vente à peine et son rythme est parfaitement régulier, un tempo de pro. Comme dans un gym réfrigéré, notre sportif avance avec aisance et fierté ; il est rapide, fougueux et terriblement prévisible… 1-0 pour notre Gino.

 

Il est seize heures. Le gris du fleuve appelle la nuit qui tombera bientôt sur Verdun, comme un manteau de drap trop grand. Les nuits de novembre sont gourmandes. J’irai allumer les lumières extérieures dans mon sapin bleu, qui est plutôt vert, juste avant que les gamins arrivent de l’école, essoufflés, amusés et fous de joie. Une première neige qui les rapproche de Noël. Ils joueront dans la neige bleue, à la brunante, comme des mouches à feu en plein été. Les enfants, c’est la vie, l’espoir, l’insouciance, le rêve; c’est tout ce qu’on a oublié. 1-0 pour les enfants.

 

Le boulevard LaSalle est plus sourd ce soir, et le ruban de neige qui le recouvre appelle au calme et aux promesses d’une soirée de velours. J’entre chez moi, le nez froid et le cœur chaud. Si j’avais un chat, je crois bien qu’à l’instant, je le flatterais et le déposerais gentiment sur le bord de la fenêtre pour qu’il vive, comme moi, l’hiver d’un soir. On ne réalise pas toujours que le bonheur est simple et qu’il est fait de petits riens instantanés et imprévisibles : une neige qui tombe, des enfants joyeux, un chat fictif… Comme dirait l’autre, « Il est où le bonheur ? ».

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